OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Editofight: Bienvenue en mars! http://owni.fr/2011/03/02/editofight-bienvenue-en-mars/ http://owni.fr/2011/03/02/editofight-bienvenue-en-mars/#comments Wed, 02 Mar 2011 17:02:40 +0000 N. Voisin et D. Servenay http://owni.fr/?p=49436 OWNI a le plaisir de vous présenter le fight de mars, en deux rounds. Pas de KO ni vainqueur à la fin. Un édito du mois, à deux voix…

Round #1

Le monde ne tremble pas. Il a vacillé.

Nicolas Voisin, Directeur de la publication @ OWNI

C’est l’histoire de 10 gus dans un garage, qui en 10 ans ont eu la peau de 10 dictateurs… Une bande de geeks dans une sombre ex-autocratie de l’Est, la Serbie. On est en l’an 2000 et ils forment une bande d’activistes. Leur bannière ? Un poing levé, fermé. Leur méthode ? L’activisme systématique. Ils prônent l’application de l’idéologie de la résistance individuelle non violente, théorisée par le philosophe et politologue américain Gene Sharp, surnommé le “Machiavel de la non-violence”.

Dans d’autres coins du Périgord, du Chiapas, de Grèce, du Texas, de Corrèze ou de Bavière, d’autres geeks et divers barbus anonymes ou signant du Z qui veut dire Thoreau, et qui ne s’étaient jamais vraiment connectés, rêvaient de la même chose.

Le monde vacille quand, sans réseau, les idées convergent. C’est l’histoire de cette décennie, aux traits grossis, enfin. Le monde tremble quand les réseaux accélèrent extraordinairement leur essor, et permettent la convergence des idées. Il en est une commune, la seule qui soulève les vagues : celle de la liberté.

Les gamins, les Serbes de 2000 qui taguaient les poings levés, informaient la presse et veillaient à l’absence de dérapages dans les manifestations, poursuivirent leur tour du monde, dont peu de journalistes ont raconté le sens et l’histoire. Ce poing levé est en 2011, l’icône de ce que l’on veut circonscrire en les nommant si mal “les révolutions arabes”.

Ce poing levé, ou “mouvement dégage !”, nous y reviendrons le 22 mars, avec Radio Nova, pour un défi cinglé : passer la nuit avec vous, à causer de la mise en réseau du monde, celui qui vient de basculer véritablement, et pas seulement dans le numérique.

On vous a raconté ici précédemment l’histoire du blond – mais si l’Australien – pas si blond, loin d’être con, qui tentait de démontrer que le sens de l’histoire est d’aller vers plus de transparence pour ceux qui concentrent le pouvoir et de protéger de la transparence avec autant de fougue, ceux qui n’en n’ont pas, du pouvoir. L’histoire a retenu la première partie seulement.

Dans les deux cas, c’est une bande de geeks à un de ces moments que l’histoire sait contempler et conter mieux que les journalistes. De ces moments dans lesquels, signe distinctif, émergent des médias ; ici la chaine quatarie qui rythme cette nouvelle année sous le sceau de la breaking news.

Un de ces moments de l’histoire où l’on est fier de l’autre. De son contemporain. De l’Arabe d’en face. Du geek d’à côté.

Tombez autocrates, l’éducation, le web et l’exigence auront vos peaux.

C’était février. Vous allez kiffer mars /-)

Gene Sharp n’est autre que le fondateur de l’Albert Einstein Institution. Son ouvrage From Dictatorship to Democracy (De la dictature à la démocratie) a été à la base de toutes les révolutions colorées. Disponible en 25 langues différentes (dont bien sûr l’arabe), ce livre est consultable gratuitement sur Internet et sa dernière édition date de 2010. Sa première édition, destinée aux dissidents birmans de Thaïlande, a été publiée en 1993. Plusieurs mouvements ont été mis en place pour conduire les révoltes colorées. Parmi eux, OTPOR (Résistance en serbe), dirigé par Srdja Popovic, est celui qui a causé la chute du régime serbe de Slobodan Milosevic. Le logo d’OTPOR est ce poing fermé ; il a été repris par tous les mouvements subséquents.[↩]

Round #2

À chaque génération son Internet ?

David Servenay, Directeur de la publication Mook et Pulp @ OWNI

On peut prendre le problème sous tous les angles : notre expérience du web reste collée à notre âge biologique. 2010 sacrant Facebook et les réseaux sociaux comme l’ultima ratio d’Internet en apporte un nouvel exemple.

Les dernières études menées en France sur l’expansion du réseau créé par Mark Zuckerberg et ses amis montre que la fracture sociale est en passe de se résorber. Gratuité, simplicité et facilité d’usage réduisent les différences d’accès à la technologie. Un coût de connexion relativement faible (30 euros par foyer) à l’échelle européenne, des lignes haut-débit largement répandues ont fait le reste.

Le reste ? Pas tout à fait, car l’autre fracture, celle des générations, a encore de beaux jours devant elle. Le Monde peut se réjouir de constater que 6,5% des Français de plus de 65 ans sont “affiliés” à Facebook – chiffre qui a doublé en un an – mais le mouvement reste embryonnaire. Pour ne pas dire que 93,5% des mêmes Français n’ont pas idée des infos contenues dans un profil FB.

Ce constat de la fracture des générations, le sociologue Louis Chauvel l’a dressé depuis une quinzaine d’années, en s’attachant au parcours divergent des “cohortes” générationnelles, en terme de revenus et de patrimoine. Son idée – très minoritaire à l’époque – consistait à prédire des tensions de plus en plus fortes entre la génération des soixante-huitard et leurs enfants, sacrifiés sur l’autel du libéralisme. L’actualité (21 avril, CPE, mouvement désobéissant…) lui a souvent donné raison.

Quel parallèle avec les usages du web ? C’est le genre de questions que nous nous posons tous les jours sur OWNI. Dans le jargon de la soucoupe, cela donne : comment “degeekiser” l’information ? Rendre accessible au plus grand nombre ces extraordinaires outils offerts par les technologies numériques ? Faire en sorte que la fracture entre les natives – ceux qui sont nés une souris à la main – et les convertis ne se transforme pas en gouffre ?

L’un des instituts américains les plus pertinents sur le sujet, le Pew Internet [en] a établi un classement des activités, par cohorte d’âges. Les résultats sont aussi clairs qu’instructifs [en].

Dans la typologie habituelle des usages – les jeunes abandonnent le blogging, les vieux achètent, tout le monde utilise le mail -, le “get news” arrive en quatrième position des pratiques. Preuve que l’enjeu démocratique lié à cette fracture n’est pas anodin. Pour comprendre notre monde, le web devient chaque jour un outil indispensable, plus complexe que ses prédécesseurs (écrit, radio et télé) car nécessitant un savoir-faire.

Allez, c’est décidé, en 2011, je dirais enfin à ma mère que son compte gmail comprend la fonction tchat. Tout en lui apprenant à ne pas en abuser.

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#MIDEM11 Gilles Babinet, serial entrepreneur http://owni.fr/2011/02/04/midem11-gilles-babinet-serial-entrepreneur/ http://owni.fr/2011/02/04/midem11-gilles-babinet-serial-entrepreneur/#comments Fri, 04 Feb 2011 13:06:34 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=30108 Voici la première vidéo d’une série d’interviews effectuées au cours du Midem 2011.

Avons-nous vraiment besoin de présenter à nouveau notre interlocuteur ? Nous avons déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’évoquer Gilles Babinet dans nos précédents articles. Entrepreneur incontournable dans le secteur des nouvelles technologies et de l’industrie musicale, il est le fondateur de Abslolut Design, Musiwave, MXP4, Eyeka ou encore Awdio

Ici, Gilles Babinet répond à nos questions et nous fait part de ses observations. Les start-ups qui ont de l’avenir, les valeures qui compteront en musique, l’inconscience des acteurs “traditionnels” de l’industrie … Ce qui l’a le plus marqué au Midem, le discours de Mark Mulligan sur les Natifs Numériques.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Associer, créer, risquer, s’engager: entreprendre http://owni.fr/2011/02/01/associer-creer-risquer-sengager-entreprendre-edito/ http://owni.fr/2011/02/01/associer-creer-risquer-sengager-entreprendre-edito/#comments Tue, 01 Feb 2011 16:09:49 +0000 Nicolas Voisin http://owni.fr/?p=44868 Entreprendre, c’est associer. En une longue année de vie d’OWNI et plus de deux ans d’existence de notre société, nous avons associé 100% des salariés de la Soucoupe. Nous sommes à ce jour 35 salariés (avec un rapport du plus petit au plus conséquent salaire n’excédant pas 100%), 45 associés – et 10 membres de plus en comptant ceux qui rejoignent le Conseil d’Orientation Stratégique que nous mettons actuellement en place. Fédérer des talents, voilà bien le meilleur des moyens et la meilleure des raisons de construire une nouvelle flottille économique, comme éditoriale.

Entreprendre, c’est créer et développer un actif, autour de valeurs partagées. Cet actif, ce savoir-faire, cette marque et notre fonctionnement bicéphale (société technologique “profit” / média “non-profit”) permettent de générer des facultés brutes d’investissement qui vont croissant : c’est ce à quoi nous nous attachons notamment dans le cadre de ce deuxième et ultime tour de table, ouvert en décembre dernier et clos ces prochaines semaines, qui portera à 30% la part de ceux qui auront permis la capitalisation de notre activité et renforcé ainsi nos forces d’innovation.

Entreprendre c’est prendre des risques. Chaque jour qui passe est un pas de plus vers des enjeux à la complexité exacerbée, pourtant gages de notre indépendance et de notre durabilité. Investir dans un écosystème en crise, celui des médias, et résister aux menaces de procès comme aux pressions inutiles en plus de ceux, quotidiens, de toute jeune entreprise, sont des challenges de chaque instant. Nous l’avons fait sans un sou, sans réseau, sans être ni bien nés ni issus des bonnes écoles. Peut-être était-ce in fine un gage de réussite ?

Entreprendre, c’est s’engager à porter avec des personnes de confiance le seul projet qui vaille alors : celui d’être plus libres, plus audacieux, plus enthousiastes encore le lendemain. Puisse cette originale entreprise en inciter plein d’autres ; non seulement celles que nous mènerons bientôt, mais, nous l’espérons, celles aussi que vous mènerez à terme. L’information, la compétition et l’innovation sont des mots qui vont si bien ensemble…

Joli février ! Rendez-vous en mars pour le prochain édito, qui sera l’occasion de fêter les trois ans de notre petite entreprise (et les 33 ans de son heureux fondateur :) et les “un an, tout rond”, de cette maquette d’OWNI que nous nous apprêtons à bousculer encore, en y associant de nouvelles idées, en y créant de nouveaux espace-temps, en risquant à nouveau quelques ruptures et en s’engageant dans une vision partagée.

Éditer, entreprendre, c’est aussi résister, à la morosité et au renoncement, avant tout.

PS : un clin d’œil appuyé à ceux qui, au sud de la Méditerranée, ont démontré ces dernières semaines qu’un peuple éduqué (et affamé) toujours/un jour, se soulève (ici qui plus est au cri de “la liberté ou la mort” et d’un “casse toi pauv’con” version policée). Il n’existe guère plus belle raison de se réjouir, ou peut-être le babillage de son enfant ou de voir le gonflement d’un cœur amoureux. Puissent ces soulèvements conduire à la démocratie… Des peuples qui, en babillant bruyamment, chuchoteraient l’espoir.

Retrouvez les éditos précédents

Image CC Loguy pour OWNI /-)

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Albin Serviant : MXP4, précurseur du social music game http://owni.fr/2011/01/13/albin-serviant-mxp4-pre-curseur-du-social-music-game/ http://owni.fr/2011/01/13/albin-serviant-mxp4-pre-curseur-du-social-music-game/#comments Thu, 13 Jan 2011 12:38:00 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=29547

Cliquer ici pour voir la vidéo.

MXP4 développe et propose des outils et applications web pour les musiciens et les labels, mettant en valeur les contenus pour un usage ludique via les réseaux sociaux.

Albin Serviant, son PDG, a accepté de répondre à nos questions et évoque avec nous son parcours, mais surtout celui d’MXP4, start-up dont il a pris la tête début 2009. Partant en 2007 de l’idée que l’expérience musicale serait interactive dans le futur, ses fondateurs (parmi lesquelles Gilles Babinet) ont participé à la réinventer par le biais d’applications musicales permettant à l’internaute de jouer avec les artistes.

Si au départ l’innovation était principalement autour d’un “format” elle est aujourd’hui principalement déployée sur Facebook, MXP4 ayant rapidement saisi les opportunités qu’offre le premier réseau social mondial, à commencer par ses plus de 500 millions d’inscrits. Avec une moyenne de 15 minutes passées à jouer avec une application il semblerait que l’idée du jeu puisse s’imposer auprès d’un large public.

En s’orientant encore plus clairement sur le créneau du jeu vidéo musical à la fin de l’été (avec le jeu “David Guetta”) la start up est passée à la vitesse supérieure en proposant une expérience plus complète et qui permet e dynamiser considérablement la relation fan/artiste en impliquant le premier de manière active.

Les innovations prévues pour les prochaines semaines devraient confirmer que MXP4 a atteint sa vitesse de croisière et va renforcer encore plus les ponts entre musique et social gaming. Une idée du futur ?

Retrouvez Albin Serviant sur Twitter : @albinserviant

Interview réalisée par Valentin Squirelo et Loïc Dumoulin-Richet

Montage : Romain Saillet

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Des codeurs sur les bancs de l’Assemblée nationale ? http://owni.fr/2010/10/08/des-codeurs-sur-les-bancs-de-lassemblee-nationale/ http://owni.fr/2010/10/08/des-codeurs-sur-les-bancs-de-lassemblee-nationale/#comments Fri, 08 Oct 2010 07:47:01 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=23153

Récemment le développeur et blogueur Clay Johnson a proposé de mettre des codeurs au Congrès, arguments à l’appui. En France aussi sa proposition trouve un écho, puisqu’à notre connaissance, seul Yves Cochet est classé comme informaticien à l’Assemblée nationale ; curieusement, on a du mal à l’imaginer codant régulièrement, en vrai geek ; si on élargit aux ingénieurs, on tombe sur le mirobolant chiffre de vingt, sachant que leur domaine d’application n’est pas forcément lié au numérique (tableau ci-dessous). Que le niveau de connaissance des députés en la matière soit loin d’être satisfaisant ne fait pas de doutes pour les acteurs du web français et même de la politique interrogés  (Cf. ce mémorable micro-trottoir de Bakchich sur le peer-to-peer). De là à régler ça en envoyant des codeurs sur les bancs, c’est un peu plus complexe et amène à  dépasser le cadre de la simple Assemblée.

Les députés par catégorie socio-professionnelle

Benoit Boissinot, membre du collectif Regards citoyens, se dit “plutôt d’accord avec Clay Johnson mais cela ne se limite pas à la politique : on manque d’informaticiens aux postes de décision qui aient la connaissance des outils et de leurs possibilités pour prendre les décisions optimales et améliorer le fonctionnement. À Regards citoyens, nous voyons bien les lacunes à l’Assemblée nationale.” De fait, on ira plutôt voir leur plate-forme NosDeputes.fr pour se renseigner sur l’activité des députés que sur le site de l’Assemblée nationale. Dans ce contexte de demande de transparence et de responsabilisation (accountability), on peut comprendre que la vénérable institution n’ait pas trop intérêt à s’ouvrir aux développeurs.

Tristan Nitot, président de la fondation Mozilla Europe, juge les arguments de Clay Johnson un peu “tirés par les cheveux, sa solution n’est pas réaliste, mais dans le fond il soulève un vrai problème : la technologie numérique change énormément de chose dans la communication des institutions et dans l’économie. Or il y a très peu de natifs du numérique aux commandes politiques. Ce ne serait pas grave s’ils n’étaient amenés à légiférer et être confrontés au lobbying.”

Un point de vue que rejoint Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet, pour qui les technologies influencent ou vont influencer toute l’économie : elles sont une problématique transversale dont l’enjeu est énorme, créer un secteur européen dans le domaine des services. “Faire rentrer des développeurs dans une assemblée serait une rustine, il faut irriguer tout le politique, en intégrant les spécialistes et en améliorant la culture des élus.” Et aux politiques d’impulser la suite, en particulier au niveau de l’UE. Irriguer le politique, “Il faudra des années, vingt ans, le temps que la classe politique change, soupire Tristan Nitot. Là, on a déjà Nathalie Kosciuzco-Morizet qui est jeune, avec un profil d’ingénieur.

Le texte de Clay Johnson et la réponse d’Andrea Di Maio pose aussi de manière générale la question du rôle des experts : suffit-il d’être bien entouré pour juger en connaissance de cause ? “Des conseillers techniques peuvent se montrer très compétents, estime Tristan Nitot, celui de Jean-Paul Huchon a une bonne influence par exemple. Mais être conseillé, c’est une expérience de seconde main, c’est différent d’une compréhension intégrée.

Ce ne sont pas des développeurs qu’il faut, mais des gens qui comprennent le code et savent ce que c’est. C’est assez différent,

estime Jean-Michel Planche, président-fondateur de Witbe, éditeur de logiciels. Réapprendre à mettre le nez sous le capot, à l’heure où les technologies s’effacent de plus en plus, avec comme emblème actuel l’iPad.

Comment ça marche ?

Député d’Eure-et-Loir, secrétaire nationale UMP en charge Médias et Numérique, Laure de la Raudière ne rejoint pas non plus Clay Johnson : “Le métier n’est pas forcément ce qui compte le plus, en revanche, il faut que les politiques s’investissent de plus en plus sur le sujet du numérique, car les enjeux économiques et de société liés au numérique sont majeurs.” Si de par sa formation d’ingénieur Télécom, elle s’y est intéressée plus spontanément et qu’elle y voit un atout pour mieux comprendre, Laure de la Raudière souligne que la connaissance profonde des dossiers passe par des auditions des grands acteurs –opérateurs et fournisseurs de contenus-, d’entrepreneurs du web que d’experts ou de représentants de la société civile -associations comme le GESTE, la Quadrature du Net, UFC-Que choisir, etc-, complétées de lectures personnelles. Elle estime que les connaissances techniques peuvent s’acquérir et qu’en recoupant ses informations, il est possible d’arriver à déterminer quelle position sert le plus l’intérêt général (Cf. la Hadopi, Loppsi…, ndlr). Tout en expliquant, ce qui peut sembler contradictoire, que si les ingénieurs sont si peu présents en politique, c’est que le politique doit en priorité “convaincre, de vendre ses idées”, alors que le raisonnement de l’ingénieur consiste plutôt à “améliorer un process, à être toujours dans le doute.” (sic)

La député pointe également que le nombre de parlementaires spécialistes du domaine de l’industrie, aussi primordial pour l’économie, ne dépasse pas non plus la poignée. Et selon elle de plus en plus de députés s’intéressent au numérique, sujet qui occupe davantage l’actualité politique depuis 2007. Mais de reconnaître qu’elle aimerait qu’il y en ait davantage qui s’investissent et qu’il existe “une marche technique haute à franchir avec ce sujet, et que l’évolution rapide de la technologie oblige à mettre constamment à jour ses savoirs.” On en déduira ce que l’on veut…

Le code informatique est aussi régulateur

Si Benoit Boissinot estime que l’Assemblé nationale devrait, de façon générale, s’ouvrir plus à d’autres professions, car son mode de recrutement manque de diversité, on est en droit de distinguer des degrés d’importance, tant les développeurs ont une influence croissante sur la société. Boucher et codeur, pas même combat. Dans son livre Les Trois écritures, l’historienne Clarisse Herrenschmidt inscrit le code comme troisième grande écriture de l’humanité, après le langage et le nombre.

On en vient aussi inévitablement à évoquer le célèbre “Le code fait la loi” (“Code is law”) de Lawrence Lessig, écrit en 2000 mais plus que jamais d’actualité. Pour ceux qui ne le connaissent pas, voici un résumé : nous sommes à l’âge du cyberspace, où s’opère désormais une partie de la régulation.

Ce régulateur, c’est le code : le logiciel et le matériel qui font du cyberespace ce qu’il est

posait l’auteur. Avec ce que cela implique en termes de libertés. Si l’architecture du Net est initialement caractérisée par l’irrégulabilité, cela n’est pas garanti. Et de fait, il observait déjà une évolution dans le sens du contrôle, “sans mandat du gouvernement“. Par exemple, “le fait que l’architecture de certification qui se construit respecte ou non la vie privée dépend des choix de ceux qui codent. Leurs choix dépendent des incitations qu’ils reçoivent. S’il n’existe aucune incitation à protéger la vie privée – si la demande n’existe pas sur le marché, et que la loi est muette – alors le code ne le fera pas.” Le code est donc porteur de valeurs et il s’agit pour les citoyens de rester vigilants dessus. Ou pas. Lawrence Lessig a bien sûr fait son choix :

Nous devrions examiner l’architecture du cyberespace de la même manière que nous examinons le fonctionnement de nos institutions.

Si, comme le rapporte Luke Fretwell, “Howard Dierking, chargé de programmation chez Microsoft, dans  Engineering Good Government suggère que ceux qui ont conçu la Constitution étaient en fait les premiers programmeurs patriotes de la nation américaine“, les programmeurs sont donc en quelque sorte de nouveaux constitutionnalistes.

Dès lors, peser politiquement au sens général du terme ne passe pas forcément par faire de la politique comme on l’entend traditionnellement.Je ne fais pas de politique, explique ainsi Tristan Nitot, faire du code, c’est déjà travailler pour avoir de l’influence et du pouvoir. Je préfère cette façon d’agir. À la fondation, nous diffusons du code incarnant nos valeurs.” Qui de fait, ne sont pas celle de Microsoft et de son Explorer…

Et cela implique donc de surveiller l’architecture du cyberspace. Là encore, faut-il connaître le code ? Bernard Benhamou propose trois pistes, former le régulateur, avoir une vraie réflexion sur l’impact des technologies et éduquer les citoyens. De là à ce que tout le monde apprenne à coder, il ne va pas jusque-là. Il constate que les choses s’améliorent : “Il y a dix ans, lorsque j’enseignais à l’ENA et que je disais que l’Internet allait devenir politique, les gens riaient : ‘on ne va pas s’occuper de cela, nous traitons de choses sérieuses.’ J’ai vu le changement depuis.” Ouf, on a eu peur. Nos élites se sont débouchés le nez.

Le dernier Mac, il roxe grave, j'ai des promos mais chut, ça reste entre nous.

S’inspirer de la mentalité hacker

La similitude entre les deux codes serait plus évidente pour un informaticien : “La loi modifie le code, cela nous semble plus évident et dans les deux cas il faut se montrer logique et cohérent” explique Benoit Boissinot. Après, on peut aussi arguer qu’il y a du code propre et sale dans les deux cas… Détaillant le fonctionnement de l’activité du député, il fait plus précisément le lien avec l’open source. Si code is law, l’inverse est aussi vrai, law is code donc elle se hacke également, au sens premier du terme, “bidouiller” :  “Il y a deux types de projets de loi : ceux déposés pour montrer que l’on est actif, qui ne sont pas destinés à passer et sont mal écrits. Et les lois qui modifient vraiment les codes. Comme dans l’open source, il est possible d’apporter des modifications, des patches. Fondamentalement, c’est très geek comme fonctionnement. Mais c’est spécifique à la France.” Jérémie Zimmermann, le porte-parole de La Quadrature du Net, souligne aussi cet aspect : “Plus que de programmeur, je parlerais de hacker, au sens de bidouilleur passionné qui font en sorte d’arranger les choses.

S’il voit aussi un atout à la mentalité des programmeurs, c’est leur capacité à naviguer dans ses systèmes complexes, “comme la finance ou les lois, qui sont de plus en plus compliqués, pour les découper en bout et les réparer.” Il souligne aussi que les hackers savent utiliser l’Internet pour coopérer à l’échelle mondiale, en particulier les développeurs de logiciels libres : ils vivent par l’entraide et le partage. Une mentalité qui ferait du bien à notre système malade de compétition. Mais est-ce réaliste de vouloir l’implémenter dans le système politique actuel ?… En même temps, par des chemins de traverse, sans demander la permission, La Quadrature du Net et autres Regards citoyens l’introduise.

Sur l’aptitude supposée des développeurs à écrire des lois avec rigueur, le point de vue de Clay Johnson, il faut le pondérer en prenant en compte les différences avec le système législatif américain nous a indiqué Benoit Boissinot. En effet, aux États-Unis les textes laissent une place beaucoup plus importante à la jurisprudence et sont plus longs alors que chez nous les possibilités d’interprétation sont plus réduite. Du coup, l’argument de concevoir des textes plus efficaces possède une portée moins grande. En même temps, quand on regarde le flou juridique de la Hadopi…

Les développeurs de bons communicants, lol

Un argument qui laisse en revanche plus dubitatif, c’est celui de la capacité des développeurs à bien communiquer. Il rejoint en cela Andrea Di Maio, qui indiquait sans ambages : “C’est assez risible. Les bons programmeurs sont souvent timide, centrés sur eux-mêmes, geeky.” Benoit Boissinot se montre pondéré : “C’est variable, certains programmeurs rock stars font très bien passer leur message.” Et de citer dans les bons communicants, “Julian Assange -même si il n’est plus un développeur, c’était un hacker dans sa jeunesse-, Chris Messina -maintenant évangéliste chez Google-, Brian Fitzpatrick et Ben Collins-Sussman, qui même s’ils ne sont pas liés à la politique, font des présentations chouettes, comme ‘How Open Source Projects Survive Poisonous People’, Appelbaum (projet Tor, et WikiLeaks) et en France, Jérémie Zimmerman se débrouille plutôt bien maintenant.” Mais il ne montre pas la même foi dans les capacités de communicant des dév que Clay Johnson : “Les développeurs communiquent plus sur leur passion, d’une façon qui n’est pas forcément intelligible pour le reste de la population.

Tristan Nitot abonde dans ce sens : “Nous avons beaucoup de bons développeurs chez Mozilla mais je ne pense pas que leur capacité à parler en public soit la première de leurs qualités.

Quel candidat ?

Luke Fretwell, dans un billet éloquemment intitulé “How developers can win Congress“, donne ses conseils pour que les candidatures de développeurs au Congrès ne se terminent pas en 404. Il suggère de trouver des leaders. En France, qui pourrait endosser ce costume ? Benoit Boissinot pense à des personnes “impliquées dans des associations, au courant des problématiques législatives : Regards Citoyens, l’April, La Quadrature du Net.”

Tristan Nitot bute d’abord sur la question : “C’est difficile d’être un bon développeur et un bon communiquant.” Finalement, Jean-Michel Planche, Jérémie Zimmermann et Benjamin Bayart “qui ont complètement intégré la dimension sociale de l’impact des logiciels” semblent être ces oiseaux rares. Et lui, il ne serait pas tenté ? Refus poli et argumenté, et ce n’est pas la première fois, pour les raisons expliquées plus haut. Mais il est bien conscient que le politique reste un levier central, sans avoir de solution miracle pour infléchir la donne.

Laure de la Raudière voit bien “un profil de dirigeant de PME innovante sur le web, qui a réussit, et qui aurait à cœur de défendre l’innovation”, sans citer de nom. Ce qui, quoi qu’en disent les zélateurs de la Silicon Valley, se trouve dans nos contrées.

Jérémie Zimmermann, souvent cité comme potentiel prétendant, a autant envie que Tristan de se présenter. Il évoque François Pellegrini, “un brillant chercheur, qui s’est battu sous Rocard pour contre les brevets” ainsi que Philippe Aigrin, à la fois développeur, entrepreneur et “philosophe politique.” Dans l’absolu, un développeur qui aurait su mener à terme un logiciel libre pourrait candidater : “Il faut avoir l’idée, la réaliser, être jugé par ses pairs.” Bref un bon préambule au parcours du combattant de la députation (en principe, si l’on n’envisage pas l’option godillot).

À lire aussi :

Just hack it, compte-rendu de la conférence de Jérémie Zimmerman et Benjamin Ooghe-Tabanou lors de Pas sages en Seine.

Le site de Regards citoyens ; La Quadrature du Net ; L’April ;

Clarisse Herrenschmidt, LES TROIS ÉCRITURES. Langue, nombre, code. Collection Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard, 29,00 euros.

Images CC Flickr yoyolabellut, Jonathan Assink et Ma Gali

Téléchargez le poster d’Elliot Lepers (CC)

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Les journalistes veulent créer le job dont ils ont toujours rêvé http://owni.fr/2010/06/17/les-journalistes-veulent-creer-le-job-dont-ils-ont-toujours-reve/ http://owni.fr/2010/06/17/les-journalistes-veulent-creer-le-job-dont-ils-ont-toujours-reve/#comments Thu, 17 Jun 2010 15:56:11 +0000 Philippe Couve http://owni.fr/?p=19152 Alan D. Mutter est un observateur très avisé de l’économie des médias. Dans un post récent, il essaie de comprendre pourquoi les projets montés par des journalistes ont une fâcheuse tendance à merder sur un plan économique (c’est un résumé très libre de ses propos).

Il constate que lassés des plans sociaux et autres licenciements, des journalistes de plus en plus nombreux ont décidé de prendre leur destin en main et de créer des sites d’info.

Alan D. Mutter applaudit mais il constate aussi que ces entrepreneurs ne se donnent pas toutes les chances de réussir.

« Après avoir discuté avec plusieurs journalistes-entrepreneurs, j’ai constaté qu’ils commettent presque tous la même erreur qui a provoqué l’échec de beaucoup de créateurs d’entreprise: au lieu de créer une entreprise, ils essaient de créer le job dont ils ont toujours rêvé. »

En d’autres termes, les journalistes-entrepreneurs s’occupent plus de journalisme que d’entreprise.

Pour en avoir le coeur net, Alan D. Mutter a décidé de se pencher sur le cas de trois sites d’info lancés récemment. Le premier fait de l’info locale en zone rurale; le deuxième traite l’actualité d’une ville; le troisième vise une audience nationale. Ensuite, l’auteur compare avec la performance des médias traditionnels qui existent sur les zones correspondantes. Pour effectuer les comparaisons, Mutter se base sur les données Alexa en reconnaissant toutes les limites de l’outil. Il constate que les pure players font beaucoup moins bien sur le web que les médias traditionnels.

« Quand les journalistes dans les sites pure player pensent leur activité sans routine et passent plus d’une douzaine d’heures chaque jour à traquer des infos et rédiger des articles pour leurs sites, cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de réfléchir aux facteurs de réussite que sont la construction d’une audience et le développement d’une base économique saine pour de futurs développements. »

Alan D. Mutter pointe quelques phrases caractéristiques de cette situation:

- Nous sommes meilleurs que le journal local »
- Nous comptons sur les internautes pour nous faire connaître »
- Nous sommes soutenus par une fondation »
- Nous allons vendre de la publicité et trouver des sponsors »
- Nous attendons les contributions des internautes »
- Nous allons peut-être publier une newsletter payante »

Et la conclusion de Mutter tombe comme un couperet sur la « naïveté » économique de nombre de journalistes:

« Les journalistes sont tellement occupés à faire du journalisme -et, franchement, trop confiants dans le fait que la qualité de leur couverture de l’actualité sera suffisamment attirante pour capter une audience toujours plus importante- qu’ils consacrent des efforts limités dans le domaine du marketing, de la promotion et de la monétisation de leurs sites. Travailler sans un business plan digne de ce nom et espérer que ça marche est une recette bien connue pour des désastres dans ce domaine. Malheureusement, c’est ce que font beaucoup de sites d’info pure players. »

Alan D. Mutter évoque, bien entendu, la situation des États-Unis. Selon vous, en est-il de même de ce côté de l’Atlantique?

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Billet originellement publié sur Journaliste Entrepreneur, le blog de Philippe Couve.

Sur ce même sujet, voir aussi sur Owni L’école du journaliste entrepreneur, et Journaliste entrepreneur: oxymore ?

Crédit Photo CC Flickr : Khalilshalil, Public Domain Photos.

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http://owni.fr/2010/06/17/les-journalistes-veulent-creer-le-job-dont-ils-ont-toujours-reve/feed/ 2
L’école du journaliste-entrepreneur http://owni.fr/2010/05/12/lecole-du-journaliste-entrepreneur/ http://owni.fr/2010/05/12/lecole-du-journaliste-entrepreneur/#comments Wed, 12 May 2010 18:17:13 +0000 Adriano Farano http://owni.fr/?p=15570 Que font les écoles de journalisme pour accompagner leurs élèves dans l’apprentissage de compétences entrepreneuriales ?

Que pourraient-elles faire pour accompagner les journalistes de demain dans la création d’entreprises de presse tant nécessaires au moment où les vieux modèles sont en crise ?

Je me pose ces deux questions depuis que j’ai l’occasion d’intervenir dans des écoles de journalisme et, encore plus, depuis que j’ai su que je travaillerai sur les façons de stimuler le journalisme entrepreneurial l’année prochaine à Stanford. Aujourd’hui, j’ai envie de partager un début de réponse alors que je sors d’un cours donné au CFJ dans le cadre du séminaire Europe organisé par l’Association des Journalistes européens que j’ai récemment intégrée.

La bonne surprise c’est que sur 30 étudiants en journalisme du CFJ, il y en a six qui veulent créer leur propre entreprise de presse.

Réseau social, médias pan-européens, boîtes de production vidéo ou radio… les idées ne manquent pas rue du Louvre chez les futurs journalistes français.

Le doute plane plutôt sur comment faire en sorte de renforcer leurs idées, de les accompagner dans leurs aventures à venir et – surtout – ne pas les faire périr avant qu’elles naissent.

En revenant à nos questions initiales : du point de vue sans doute incomplet qui est le mien, l’impression est que le CFJ – au même titre que les autres écoles que j’ai connues – n’accompagne pas encore assez les étudiants-créateurs de demain. Leurs compétences en économie de la presse, budgétisation, connaissance du domaine mixte profit/non-profit étaient très limitées.

Ils m’ont même dit ne pas avoir suivi de cours sur l’économie de la presse sauf une formation optionnelle, qu’ont suivi quelques personnes, montée en partenariat avec l’école de commerce ESCP Europe qui, selon les échos recueillis, ne ciblait pas leurs besoins et se concentrait sur une vision très (trop ?) théorique du management des médias.

Revenons à présent à notre deuxième question : que pourraient faire les écoles de journalisme en matière de journalisme entrepreneurial ?

Sur la base des échanges avec les étudiants-créateurs que j’ai pu rencontrer en six ans d’expériences dans l’enseignement, une école de journalisme pourrait aujourd’hui offrir des formations en :

Modélisation économique

> Règles comptables de base, budgétisation, gestion de trésorerie

> Montages juridiques profit et non-profit

> Comment construire un business plan ?

Droit et management : notions entrepreneuriales de base

>Principes de droit fiscal

> Principes de droit social

> Notions de management

Économie de la presse

> Publicité en ligne, sponsoring et marketing conversationnel

> Modèle payant

> Modèle non profit

> Modèles économiques alternatifs

Levée de fonds

> Levée de fonds non-profit : où et comment trouver des subventions ?

> Levée de fonds for-profit : où et comment trouver des fonds ?

A chaque fois, ces cours pourraient être dirigés par des professionnels tels que des entrepreneurs des médias, des associés de fonds d’investissement etc.

D’ailleurs, on pourrait penser ce genre de cours d’une façon intégrée avec :

> barcamps entrepreneuriaux favorisant la métissage avec le monde des développeurs, des designers etc.

> événements de networking (pour cela le CFPJ est un excellent début !)

> concours du meilleur business plan avec financement à la clé

> partenariats avec fonds d’investissement

> tickets de formations tous les six mois pendant trois ans pour suivre le développement des projets des uns et des autres

Rien de ceci ne me semble tenir du rêve ni de l’utopie. Et vous, que feriez-vous pour encourager l’esprit d’entreprise chez les journalistes de demain ?

Article initialement publié sur le blog d’Adriano

Illustration CC par Thomas Hawk sur Flickr

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http://owni.fr/2010/05/12/lecole-du-journaliste-entrepreneur/feed/ 6
Journaliste-entrepreneur: oxymore? http://owni.fr/2009/10/15/journaliste-entrepreneur-oxymore/ http://owni.fr/2009/10/15/journaliste-entrepreneur-oxymore/#comments Thu, 15 Oct 2009 08:45:20 +0000 Eric Scherer http://owni.fr/?p=4629

Dilemme moral: comment, dans un tel paysage de décomposition des médias traditionnels regarder sereinement dans les yeux des étudiants débutant leur année de cours de journalisme?

Un seul message est, à mes yeux, tenable et positif: renoncez à vos rêves d’éditorialistes à Libération ou de grand reporter à TF1, et songez à créer votre propre média.

Seul ou en petit groupe, de manière indépendante ou au sein d’une entreprise ouverte à l’innovation, c’est aujourd’hui enfin possible, facile, bon marché, enthousiasmant, de monter son projet, à condition, bien sûr, d’avoir quelques idées, des convictions, et des rudiments de culture « business » (marketing et business plan) et technologique (le web!).

Encore taboue, il y a peu, l’idée de passer de journalistes à une forme basique d’entrepreneuriat gagne actuellement beaucoup de terrain. Crise, plan sociaux, horizons bouchés, obligent ! Mais aussi, et surtout, les nouveaux horizons permis par la révolution numérique et ses nouveaux usages, qui ont quasiment supprimé les barrières à l’entrée, brisant les vieux monopoles de production et de distribution des contenus.

De nombreux journalistes chevronnés l’ont compris: de Rue89 à Médiapart, en passant par Slate.fr en France, après Huffington Post, Politico, ProPublica, Daily Beast, Global Post aux Etats-Unis ou Soitu en Espagne.

Mais plus tôt encore, universités et écoles de journalisme américaines cherchent aujourd’hui à rapprocher les cursus de journalisme numérique, de business (bases de plan d’affaires) et les développeurs (tutoriel web). C’est le cas de Stanford, de la CUNY à New York et de nombreuses autres.

Un nouveau projet vient de se lancer à San Francisco, en direct concurrence des journaux actuellement en difficulté (SF Chronicle et SF Examiner). A l’origine de cette initiative: l’école de journalisme de Berkeley, une radio publique locale et un riche donateur.

La semaine dernière, à San Francisco, lors de la conférence de l’ONA (Online News Association) américaine, des premiers retours d’expériences de journalisme d’innovation entrepreneuriale ont été partagés:

Pur business:

GigaOm: après 20 ans de journalisme dans des quotidiens et des magazines en Inde et aux USA, Om Malik, décide de se lancer en 2006. Aujourd’hui, il pilote 7 blogs, anime 21 personnes.

Ses revenus se partagent à peu près également entre publicité en ligne, organisation de conférences et études/syndication. Il revend ainsi ses contenus high tech au NYT, BusinessWeek, Salon et CNN.

Sa notion de convergence n’est pas seulement plurimédia, puisqu’il a assis autour d’une même table, journalistes, développeurs et commerciaux.

“Mais attention, prévient-il, cela a l’air facile de l’extérieur et rien n’est plus faux. C’est beaucoup plus difficile que ne l’imaginent les gens. Sans compter qu’il faut arrêter le whisky et aller à la gym! 99% des journées sont mauvaises, mais nous ne vivons que pour l’excitation du 1%!”. Et puis, les seuls avantages des grands médias sont leur trafic, l’attention qui leur est encore réservée et leur force de vente. Pour le reste, notre journalisme n’a rien à leur envier. Nous sommes plus souples et réactifs. Nous allons essayer de les flinguer!”

A but non lucratif:

Voiceofsandiego : 13 personnes.

“Le plus dur, explique son directeur, c’est de couper dans les coûts, de se séparer des gens, d’affronter des problèmes juridiques”

Il y a un an, les initiatives de journalisme à but non lucratif, financées par des dons, des fondations et des syndications de contenus, apparaissaient exotiques. Depuis, elles se sont multipliées à New York, au Texas, à San Diego et la semaine dernière à San Francisco.

Un autre projet est en cours, venant d’équipe du quotidien Union Tribune de San Diego pour monter une équipe de journalisme d’investigation fonctionnant dans un cadre à but non lucratif.

Le plus souvent, ces initiatives estiment s’inscrire dans une mission de service public, de service à une communauté. Elles ne viennent pas faire concurrence aux autres sites sur le marché publicitaire en ligne.

D’autres expériences ont été évoquées:

> ArtsJournal, lancé il y a déjà 10 ans.

> Xconomy qui couvre la biotech sur la côte ouest.

> Pegasus News à Dallas qui continue de croître.

> Spot.us (journalisme collaboratif) qui vient de s’étendre à Los Angeles.

> Publish2 (plateforme de journalisme collaboratif)
Ces initiatives sont aussi reconnues par la profession: samedi les sites ProPublica, Publish2 et Muckety ont remporté les premiers prix dans certaines catégories de journalisme en ligne de l’ONA.

Conseils de professionnels:

Ann Grimes (prof à Stanford, ex WSJ):

  • “Ne tombez pas amoureux de votre projet. Votre passion n’est pas nécessairement partagée. Echouez rapidement et souvent (par tempérament les journalistes, perfectionnistes, n’aiment pas prendre des risque)
  • Testez vos idées”

Om Malik (GigaOm):

“N’attendez pas que tout le secteur de la presse s’effondre à vos pieds. Ne restez pas assis ici. Faites le ! C’est la seule solution pour notre profession”.

Scott Lewis (Voiceofsandiego):

“Laissez la technique aux pros et utilisez des outils simples et des logiciels libres”.

Alfred hermida, ancien de la BBC et professeur de journalisme numérique à Vancouver:

“Etudiants, vous devez développer votre propre marque personnelle!”

A voir aussi ce forum récent du Poynter Institute qui voit dans l’initiative personnelle des journalistes une des solutions à la crise des médias traditionnels.

Aujourd’hui, en démarrant, à l‘Institut Pratique de Journalisme (IPJ), une nouvelle saison de “nouvelles pratiques et nouveaux médias », seuls deux étudiants sur une promo de 44 ont spontanément évoqué leur désir de se lancer, à l’issue de leurs études dans six mois, dans une aventure web média personnelle. Mais après leur avoir donné une petite demi-heure pour réfléchir en groupe à une idée de journalisme en ligne innovant et rentable, ils reviennent tous avec de belles idées. Rien n’est perdu…

> Article initialement publié sur AFP mediawatch

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