OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Carte des collaborations scientifiques à travers le monde http://owni.fr/2011/06/03/la-carte-des-collaborations-scientifiques-a-travers-le-monde/ http://owni.fr/2011/06/03/la-carte-des-collaborations-scientifiques-a-travers-le-monde/#comments Fri, 03 Jun 2011 11:19:28 +0000 Olivier H. Beauchesne http://owni.fr/?p=35073 J’ai été très impressionné par la “friendship map” réalisée par Paul Butler, stagiaire chez Facebook, et j’ai réalisé que j’avais accès à un jeu de données similaire. Plutôt qu’une base de données sur l’amitié, j’en avais une sur les les collaborations scientifiques.

Mon employeur, Science-Metrix, est une entreprise d’évaluation biblométrique. En d’autres mots, nous concevons des moyens de mesurer l’impact et la croissance des découvertes (et publications) scientifiques. Pour cela, nous demandons l’autorisation de réutiliser les données des agrégateurs de revues scientifiques comme “Elsevier’s Scopus” ou “Thompson Reuter’s Web of Science“. Les données que nous avons sont les données bibliographiques accessibles à tous. Nous ne disposons pas des versions complètes des textes, mais plutôt des citations, des auteurs et de leurs affiliations, des résumés, etc.

Grâce à ces données, j’ai pu extraire et agréger les différentes collaborations scientifiques entre villes à travers le monde. Par exemple, si un chercheur de l’université de Los Angeles en Californie (UCLA) publie un article avec un collègue de l’université de Tokyo, cela créé une collaboration entre Los Angeles et Tokyo. Le résultat de ce processus est une très longue liste de villes classées par paires, comme Los Angeles-Tokyo, et le nombre de collaborations scientifiques entre celles-ci. J’ai ensuite utilisé la base de données geoname.org pour convertir les noms des villes en coordonnées géographiques.

Les étapes suivantes sont les mêmes que celles de la “friendship map” de Facebook. J’ai projeté les coordonnées géographiques sur la carte grâce à une projection de Mercator, puis j’ai utilisé l’algorithme Great Circle[en] pour tracer les lignes des collaborations entre les différentes villes. La luminosité de ces lignes varie en fonction du logarithme du nombre de collaborations entre deux villes et du logarithme de la distance entre ces deux villes.

Une carte très haute résolution et zoomable est disponible à cette adresse : http://collabo.olihb.com/.


Article initialement publié sur “Stuff I Made“.

Traduction par Pierre Ropert.

Merci à Olivier Laffargue

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Le syndrome de Galilée, point Godwin de la science http://owni.fr/2011/05/26/le-syndrome-de-galilee-point-godwin-de-la-science/ http://owni.fr/2011/05/26/le-syndrome-de-galilee-point-godwin-de-la-science/#comments Thu, 26 May 2011 15:57:30 +0000 Pierre Ropert http://owni.fr/?p=34932 En matière d’argumentation, tout est affaire de point G. Non pas celui d’une éventuelle source de plaisirs suprêmes, mais bien celui du point de non retour lors d’un débat argumenté. Au fameux point Godwin succède ainsi son versant scientifique, le syndrome de Galilée.

Et pourtant elle tourne.

Galilée a beau ne jamais avoir prononcé ces mots (la phrase est apocryphe), il n’en a pas moins été condamné à la prison à vie pour ses théories. Au début du XVIIe siècle, l’astronome italien s’emploie à démontrer que l’Univers ne tourne pas autour de la Terre, mais que c’est au contraire la Terre qui tourne autour du soleil. Une définition qui convient peu à l’Église, persuadée de l’immuabilité de la planète bleue dans un univers en mouvement. Contraint de renier ses travaux, mais reconnu depuis à titre posthume, Galilée devient le symbole du génie incompris.

À ce génie mis au ban auraient donc succédé certaines sommités parmi lesquelles Jacques Benveniste, Claude Allègre, Éric Zemmour (pourtant loin d’être un scientifique), etc. Après tout, si Galilée était un incompris, pourquoi pas eux ?

Galillègre : quand le syndrome contamine Claude Allègre

Vers le point Godwin

L’argument est évidemment spécieux puisqu’il s’agit là d’une analogie douteuse. Une ressemblance ne prouve en rien la validité d’un argumentaire scientifique. Ce n’est pas parce que Galilée a eu raison, que les climato-sceptiques, en se comparant à lui, ont raison à leur tour.

Cette façon de procéder est très proche de la loi de Godwin, énoncée en 1990 par Mike Godwin, qui considère que :

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

La “loi de Godwin” a depuis très largement dépassé les frontières du web pour s’appliquer également aux débats IRL. Et une telle comparaison (au demeurant souvent accompagnée de la phrase : “les heures les plus sombres de notre histoire”), si elle s’inscrit dans une conversation qui ne traite pas directement de ce sujet, achève souvent de discréditer son auteur.

Dans le même genre, le syndrome de Galilée ressemble étonnamment au Point Godwin. Sur la page wikipédia “Esprit critique”, on en trouve d’ailleurs une définition :

Toute personne qui adhère à une pseudo-théorie la considère presque toujours comme révolutionnaire, et en outre s’estime persécutée.

Processus de victimisation

Parmi les victimes malheureuses du syndrome de Galilée, on retrouve notamment les climato-sceptiques ou les partisans des parasciences (les sciences non reconnues par la communauté scientifique parmi lesquelles : l’astrologie, l’homéopathie, la graphologie, etc.).

Claude Allègre, par exemple, géochimiste et ex-ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, n’hésite pas à se comparer à Galilée (ainsi qu’à Louis Pasteur auparavant) à l’occasion d’un débat pour l’émission l’Objet du scandale (à environ 8′15”) :

Galilée disait : “Il vaut mieux une personne qui sait, que 1000 personnes qui ne savent pas”. Je pense que la quasi totalité des gens [les enseignants-chercheurs] qui sont là dedans ne savent pas. Tout comme j’étais tout seul contre 3000 personnes -je crois qu’on était 2- au moment de la tectonique des plaques.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Il s’agit ici du processus de victimisation typique : “je suis seul contre tous, donc j’ai raison, la preuve, Galilée était seul contre tous, et il a eu raison“. Claude Allègre connaît pourtant d’autant mieux son sujet qu’il a écrit un ouvrage sobrement intitulé “Galilée”.

Citons aussi Serge Galam, directeur de recherche au CNRS et climato-sceptique, qui dans une tribune adressée au journal Le Monde en février 2007 s’offre le luxe du syndrome de Galilée (qui aurait, selon lui, démontré que la Terre est… ronde) ET d’un point Godwin :

Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s’accordant sur la platitude de la Terre. Mais lui avait la démonstration de sa conclusion. De façon similaire, à l’époque nazie la théorie de la relativité fut rejetée, estampillée comme une théorie juive dégénérée, avec à l’appui une pétition de grands scientifiques de l’époque, qui signaient du haut de leur autorité établie. Einstein aurait alors dit que des milliers de signatures n’étaient pas nécessaires pour invalider sa théorie. Il suffirait d’un seul argument, mais scientifique. [...]

Mais, attention, lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains ; voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens). En conclusion, lutter contre la pollution, pourquoi pas ? Mais si le réchauffement est naturel, ce n’est vraiment pas la priorité.

Du côté des parasciences, l’exemple de Jacques Benveniste fait figure d’autorité.  Ce chercheur s’est notamment fait connaître pour ses recherches sur la “mémoire de l’eau“, qui lui ont valu d’être évincé de l’INSERM. Sa théorie fait encore largement débat aujourd’hui malgré de farouches opposants et l’absence de résultats concrets. Elle est cependant défendue par quelques scientifiques (dont Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour sa collaboration à la découverte du VIH) et par les partisans de l’homéopathie, qui voit là la confirmation de l’efficacité de leur (para)science. Le fait est que Jacques Benveniste est probablement un des scientifiques qui souffre le plus du syndrome de Galilée, tant ses recherches sont l’objet de controverses : Luc Montagnier affirme ainsi qu’il s’agit d’une affaire “aussi importante que l’affaire Galilée”  et L’Association Jacques Benveniste pour la recherche organisait, il y a encore peu de temps, une conférence sur le thème “Jacques Benveniste, Galilée des temps modernes”.

Ces comparaisons ne sont en rien une preuve. Elles tiennent plus de l’argument d’autorité que d’une véritable démonstration du bien fondé des recherches de Benveniste.

Si la référence à Galilée est utilisée par quelques scientifiques -plus ou moins crédibles- en mal d’arguments pour défendre leurs hypothèses, ce sont surtout leurs zélés défenseurs qui font l’amalgame. Ainsi on pourrait définir le point Galilée de la sorte :

Plus une discussion en ligne sur un sujet scientifique dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Galilée ou l’inquisition tend vers 1.

Sur les forums, des experts improvisés témoignent en effet de la persécution de la communauté scientifique à l’encontre de leurs Galilée des temps modernes. Une comparaison d’autant plus illogique que l’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. Et non pas de la raison contre la raison, ou de la science contre la science.

Surtout, outre un certain manque de modestie (il faut oser se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire), l’argument ne tient pas, ne serait-ce que sur le plan purement historique.

Un Galilée devenu mythique

Contrairement à l’idée couramment répandue, Galilée était loin d’être incompris. A une époque où les sciences visaient à prouver le bien fondé de la religion, il était difficile de s’éloigner des écrits saints sans passer pour un hérétique. Giordano Bruno, un autre astronome italien, a ainsi été brûlé vif en 1600, pour avoir affirmé que l’univers était infini et qu’il existait donc une infinité de terres et de soleils. Pour parvenir à ces conclusions Bruno s’était appuyé sur les travaux d’un certain Nicolas Copernic.

Travaux qui ont également servi de point de départ aux théories avancées par Galilée. Avant Copernic, il était communément admis que l’univers était géocentrique. Cette idée, développée par Aristote puis par Ptolémée, veut que la Terre soit immobile, au centre de l’Univers, et que les planètes (le soleil et la lune) gravitent autour d’elle en décrivant des cercles parfaits. Une théorie largement acceptée par la religion catholique.

Copernic, lui, développe l’hypothèse de l’héliocentrisme, faisant du soleil un astre autour duquel les planètes, dont la Terre, graviteraient. Son ouvrage clé, «Nicolai Copernici Torinensis De Revolutionibus Orbium Coelestium Libri VI», paraît l’année de sa mort, en 1543, et est dédicacé au pape Paul III. Copernic était un protégé du pape, comme le sera à son tour Galilée avec le pape Urbain VIII. Ce dernier lui commande d’ailleurs un livre, “Dialogue sur les deux grands systèmes du monde“, dans lequel Galilée doit présenter de façon impartial les théories aristotéliciennes et coperniciennes. Mais l’astronome italien profite de son ouvrage pour railler le géocentrisme (le défenseur de cette thèse étant d’ailleurs nommé “Simplicio”) au profit de l’héliocentrisme.

Devant l’ampleur du scandale, le Pape lui même prend le parti des adversaires de Galilée. Avec la suite que l’on connaît : Galilée est poursuivi par l’inquisition, contraint de renier son œuvre et condamné à la prison à vie. Peine immédiatement commuée par le Pape en une assignation à résidence (qui sera d’ailleurs relativement assouplie, le scientifique est autorisé à changer de lieu et à recevoir des visites).

Galilée, contrairement aux croyances, n’était donc pas un laissé-pour-compte. Il comptait au contraire de nombreux soutiens, à la fois dans la communauté scientifique (notamment Johannes Kepler, célèbre astronome allemand) mais également chez les religieux (le Pape) ou les nobles (les Medicis).

L’astronome italien n’a pas tant été jugé par ses comparses scientifiques que par le dogme chrétien (représenté par l’inquisition). Une situation incomparable de nos jours, au vu de la place qu’occupe la religion dans les sciences.

Preuve est faite que les points G (non sexués a-t-on dit) ne sont pas des arguments valides. Peut-être nous intéresserons-nous, une prochaine fois, aux points P (syndromes de Poppeye, du poulpe et de Pangloss).


Photos Flickr CC PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par theilr et PaternitéPas d'utilisation commerciale Pas de modification par jennandjon

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Quand les Simpson jouent aux scientifiques http://owni.fr/2011/04/30/quand-les-simpson-jouent-aux-scientifiques/ http://owni.fr/2011/04/30/quand-les-simpson-jouent-aux-scientifiques/#comments Sat, 30 Apr 2011 08:00:29 +0000 Dr Goulu http://owni.fr/?p=59754
Article publié sur OWNISciences sous le titre, La science vue par les Simpson


Pour les 20 ans des Simpson, Marge a posé dans Playboy alors que le sexe n’est qu’un thème très secondaire dans la meilleure série animée du monde. Par contre la science y est très présente, ce qui justifie amplement un article de Dr. Goulu, en plus des deux livres existant déjà sur le sujet.

Il faut dire que beaucoup d’auteurs d’épisodes ont des formations scientifiques, comme David X. Cohen, diplômé en physique à Harvard et en informatique à Berkeley. C’est à lui qu’on doit l’égalité 178212+ 184112 = 192212 devant laquelle Homer passe sans sourciller en entrant dans la 3ème dimension (séquence « Homer³ » de l’épisode S07E06)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Mais vous qui connaissez le théorème de Fermat selon lequel il n’existe pas de solution de l’équation an + bn= cn pour a, b, c et n entiers et n > 2, vous bondissez sur votre calculatrice et, ô stupeur, vous croyez l’espace qu’il existe un contre exemple invalidant la démonstration de plusieurs centaines de pages due à Andrew Wiles ! En réalité il s’agit d’un hommage à ce résultat impressionnant publié en 1994 quelques semaines avant l’épisode des Simpson, et il faut effectuer le calcul avec beaucoup de chiffres significatifs ou être assez observateur pour voir que l’égalité est fausse.

Médecins, inventeurs et vrais scientifiques

Les thèmes liés à la santé sont abondamment traités dans les Simpson : les médicaments et leurs effets secondaires, la fécondation assistée, la transplantation d’organes, l’obésité, les dépendances diverses, les épidémies, les OGM et toutes les problématiques possibles liées à l’alimentation. Les deux médecins de Springfield sont le Dr. Hibbert, qui abuse largement des assurances de santé, et Nick Riviera, un authentique charlatan qui vit des habitants qui en sont dépourvus.

A part les deux médecins, le professeur Frink est le seul véritable scientifique de Springfield. Inventeur complètement déjanté, sa productivité est exceptionnelle. On retiendra en particulier :

  • Le Citrobon, un bonbon au citron tellement acidulé qu’il doit être conservé à l’intérieur d’un champ magnétique.
  • Une fusée qui doit détruire une comète avant qu’elle ne s’abatte sur Springfield. Ça rate, mais la comète se désintègre avant l’impact grâce à la densité de la couche de pollution sur la ville. (S06E14)
  • L’enlèvement de Lisa, rapetissée à l’aide de son dégrandulateur (S07E06)
  • Un téléporteur, vendu à Homer pour 35 cents (S09E04)
  • Il a inventé le monstromètre, le glouglouteur, le canularscope, le surgrenouillateur, le délochnessateur.
  • Evidemment, une machine à remonter le temps (S06E06, S14E01)
  • Il invente le marteau qui fait tournevis de l’autre côté.
  • Il cryogénise son père et le refait revivre en remplaçant de nombreux organes vitaux par de l’électronique.
  • Il reçoit le Prix Nobel de Physique des mains de Dudley Herschbach, prix Nobel de Chimie 1986 (S15E01)

Le Professeur Frink

En effet, on trouve dans la série les avatars de véritables scientifiques, et non des moindres, qui ont de plus prêté leur voix à leur personnage. Outre Herschbach, il y a le paléontologiste Stephen Jay Gould apparait dans l’épisode S09E08 consacré au créationnisme, dont nous reparlerons plus bas.

Physique

Et surtout il y a Stephen Hawking, physicien cosmologiste, qui a dit des Simpson que c’était la « meilleure chose sur la télévision américaine ». Il a participé à trois épisodes (S10E22, S16E16, S18E20) , notamment en utilisant sa voix synthétique lors d’une discussion avec Homer sur la topologie en donut de l’Univers.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Dans les Simpson, les références sont souvent très discrètes, à l’intention du public qui peut les percevoir, mais sans frustrer ou ennuyer les autres. Par exemple, la célèbre formule d’Einstein apparait dès le deuxième épisode (S01E02), où Maggie, un an, écrit MCSQU (MC squared, MC²) avec ses blocs de jeu.

De même lorsque Lisa construit une machine à mouvement perpétuel, c’est de façon très surprenante Homer qui la rappelle à l’ordre (S06E21)

Lisa, viens voir papa… Dans cette maison, on respecte les lois de la thermodynamique !

Le créationnisme

L’un des meilleurs épisodes de la série (S09E08) est consacré à cette plaie des États-Unis, qui s’étend désormais partout. Suite à la découverte d’un étrange fossile que le bigot Ned Flanders et d’autres Springfieldiens considèrent comme celui d’un ange, Lisa souhaite appliquer une approche scientifique. A cela Ned Flanders rétorque cette réplique mémorable:

Moi je dis qu’il y a des choses qu’on n’a pas envie de savoir, des choses importantes !

Lisa se retrouve au tribunal, accusée d’avoir abimé l’ange pour envoyer un échantillon à Stephen Jay Gould. Au moment d’être condamnée, l’ange s’envole… Si vous ne devez voir qu’un seul épisode des Simpson dans votre vie, regardez celui-là !

Environnement

Outre le nucléaire dont nous parlerons plus bas, les questions environnementales sont fréquemment abordées dans les Simpson. Souvent Lisa se préoccupe d’un problème grave, mais se retrouve seule contre tous ses concitoyens. Par exemple elle devient végétarienne (S07E05) alors que son cours sur la chaine alimentaire est pourtant clair.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Elle s’oppose aussi au pourtant très populaire et traditionnel massacre des serpents (S04E20), et se montre sceptique sur l’intervention humaine dans les processus naturels (S10E03) :

Skinner : Et bien, j’avais tort, les lézards sont une bénédiction !

Lisa : Je trouve que c’est prendre des risques. Qu’est ce qu’il se passera quand on sera envahis par les lézards ?

Skinner : Pas de problème, on lâchera des vagues de serpents aiguilles venus de Chine, ils extermineront les lézards !

Lisa : Mais avec des serpents se sera pire !

Skinner : Oui mais, on a prévu le coup. On a déniché une étonnante race de gorilles qui se nourrissent de viande de serpent !

Lisa : Et on aura les gorilles sur les bras !

Skinner : Non, c’est là qu’est l’astuce : quand arrivera l’hiver et le gel, les gorilles mourront de froid !

Lisa se rapproche même d’un mouvement écologiste radical (S12E04) pour sauver une forêt millénaire, avant de militer contre la pollution lumineuse (S14E16) qui l’empêche d’observer les étoiles. Brave petite !

Plusieurs épisodes des Simpson concernent le syndrome « NIMBY » (« Not In My Backyard ») : la société moderne requiert des infrastructures ou des services ayant des effets secondaires un peu désagréables, mais pourquoi les placer devant chez moi plutôt que chez le voisin ?

Le nucléaire

La centrale nucléaire de Springfield est le véritable poumon économique de la ville, et la source de la fortune et du pouvoir absolu de Mr. Burns. Dès le troisième épisode de la série (S01E03), on constate que le nucléaire influence jusqu’à la prière du soir d’Homer, (ir-)responsable de la sécurité de la centrale (S02E07) :

Seigneur, on vous est surtout reconnaissant pour l’énergie nucléaire, la plus sure et la plus propre de toutes les sources d’énergies, mis à part l’énergie solaire, mais ça, c’est du pipeau.

Évidemment, Springfield frôle plusieurs fois la catastrophe. On apprend même que le père de Smithers avait sacrifié sa vie pour sauver la centrale (S13E05). Homer, quant à lui, évite de justesse un accident majeur que sa fainéantise avait déclenché (S07E07), ce qui lui vaut les félicitations de Mr. Burns:

Homer, vous avez promptement réagi et fait d’un Tchernobyl un petit pétard radioactif foireux, bravo !

Lorsqu’apparaissent des poissons à trois yeux (S02E04) et que 342 manquements à la sécurité sont constatés, Mr. Burns fait la seule chose raisonnable pour éviter la fermeture de sa centrale : devenir gouverneur de l’Etat afin de changer la loi. Dans ce but il produit un clip électoral remarquable :

Burns : Oh ! Bonjour mes amis. Je suis Montgomery Burns, votre futur gouverneur. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de mon petit copain Nœnœil. Nombreux sont ceux qui le considèrent comme un horrible poisson mutant. Ceux-là sont bien loin de la vérité, mais vous n’êtes pas obligé de me croire. Alors demandons à cet acteur qui campe Charles Darwin, ce qu’il en pense.

Acteur :Bonjour, M. Burns.

Burns : Bonjour, Charles. Soyez gentil, expliquez à nos téléspectateurs votre théorie de la sélection naturelle.

Acteur : Avec joie, M. Burns. Voyez vous, régulièrement, notre Mère Nature transforme ses animaux en leur donnant de plus grandes dents, des griffes acérées, des pattes plus longues, ou dans ce cas, un troisième œil. Et s’il s’avère que ces changements représentent une amélioration, le nouvel animal se développe, se reproduit et se répand bientôt à la surface de la Terre.

Burns : Ainsi, vous voulez dire que ce poisson pourrait être avantagé par son troisième œil ? Qu’on aurait affaire en quelque sorte à un super poisson ?

Acteur : J’aurais envie d’avoir un troisième œil. Et vous ?

Burns : Non. Vous voyez mes amis, si nos adversaires, les antinucléaires et écologistes de tout poil, venaient par hasard à tomber sur un éléphant en train de s’ébattre dans les eaux proches de notre centrale, ils mettraient certainement son pauvre nez ridicule sur le compte de la vilaine énergie nucléaire. Non, la vérité c’est que ce poisson au goût exceptionnel est un miracle de la nature. Alors pour conclure, dites tout ce que vous voulez sur moi. Je suis en mesure d’encaisser les coups les plus rudes. Mais, je vous en prie, cessez de vous en prendre à ce pauvre Nœnœil sans défense. Bonsoir. Et Dieu vous garde.

Selon Malaspina1, ce discours est « remarquable » par le fait qu’il est structuré selon les concepts de Peter Sandman, un spécialiste de la communication du risque connu aux États-Unis.

Sciences, techniques et business dans les Simpson

Comme le montre de façon très convaincante Marco Malaspina1 dans son livre, la science et les scientifiques sont souvent caricaturés dans les Simpson, mais l’approche scientifique des problèmes est plutôt valorisée, ou du moins opposée aux croyances et idées toutes faites, souvent ridiculisées.

L’inventivité et le sens pratique sont aussi permanents dans les Simpson. Valeur américaine entre toutes, il y a toujours une solution simple au problème le plus complexe. Et si ça cause des problèmes encore plus graves, d’autres solutions simplistes et absurdes s’imposent. Heureusement pour les Simpson, les problèmes se résolvent souvent tout seuls, d’une manière aussi inattendue qu’hilarante.

Dans les Simpson, les vrais problèmes viennent plutôt des (nombreuses) faiblesses humaines, et en particulier l’attrait de l’argent. Pour M. Burns, mais aussi pour la plupart des personnages jaunes à un moment ou un autre, la fin justifie les moyens du capitalisme le plus sauvage. On peut y voir une critique acerbe de la société états-unienne, mais soyons francs : nous nous retrouvons tous dans les Simspon. Peut-être est-ce ce qui nous fait rire si jaune…

Episodes

(la notation SxxEyy dénote l’épisode yy de la saison xx, le code entre parenthèses étant le code de production de l’épisode)

Liens sur le sujet

  1. « Science on the Simpsons », le blog de Paul Halpern
  2. simpsonsmath.com, par les professeurs de mathématiques Sarah Greenwald et Andrew Nestler
  3. Article « Matheux, les Simpson ? » sur Simpsons Park, le site de référence en français
  4. Dossier « Attention, les Simpson s’attaquent aux sciences » sur l’Internaute

>> Photos Flickr CC-NC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par Profound Whatever et CC Paternité par JD Hancock.

>> Billet initialement publié sur Pourquoi Comment Combien et repris sur Knowtex.

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La mort au trou http://owni.fr/2011/04/18/la-mort-au-trou-noir/ http://owni.fr/2011/04/18/la-mort-au-trou-noir/#comments Mon, 18 Apr 2011 14:55:55 +0000 Phil Plait http://owni.fr/?p=34590 J’ai récemment écrit sur un événement époustouflant : des astronomes capturant ce qui semble être les derniers moments de vie d’une étoile, alors qu’elle était littéralement déchiquetée par un trou noir.

La Nasa a récemment publié de nouvelles photos de l’événement, notamment capturées par le télescope Hubble.

Je sais, ça ne semble pas grand chose au premier coup d’œil. Mais rappelez-vous: vous êtes en train de regarder la mort violente d’une étoile, déchirée par la gravité d’un trou noir… et qui se déroule à 3,8 milliards d’années-lumières de là ! Soit à peu près 40,000,000,000,000,000,000,000 kilomètres; donc le fait de pouvoir le voir dans son intégralité est assez incroyable. Et terrifiant.

Sur l’image en fausse couleur d’Hubble, la galaxie et l’explosion sont signalées. A peu près tout ce que vous voyez sur la photo appartient à une galaxie lointaine, située à un milliard d’années-lumière de plus que le trou noir. Normalement, la galaxie active elle-même serait apparue comme un point, avec au mieux une espèce de nuée autour d’elle, la lueur de milliards d’étoiles étant réduite par l’incroyable distance. Mais la lumière mourante de l’astre a intensifié la lueur de la galaxie de beaucoup. De beaucoup plus.

L’image est une combinaison de lumière visible (blanche), d’ultraviolet (violet) et de rayons-X (jaune et rouge) de l’observatoire Swift de la Nasa, le satellite qui le premier a détecté l’explosion. Alors que les piques n’existent pas en vrai – ils sont juste la cause d’un effet d’optique créé par le télescope -, le cliché n’en évoque pas moins le drame que nous observons.

Et justement, que regardons-nous ?

La luminosité d’un milliard de milliards de Soleils !

Imaginez : ce qui aurait pu être une étoile normale, pas si différente du Soleil, était en orbite autour du centre de cette galaxie lointaine, très proche en réalité de son centre. Au cœur de chaque grosse galaxie repose un monstre: un trou noir supermassif qui pourrait avoir des millions voire des milliards de fois la masse du Soleil. Celui au cœur de cette galaxie sans nom pourrait avoir 500 000 fois la masse solaire.

La gravité d’un tel objet est féroce. Mais il y a pire : la force de la gravité s’affaiblit avec la distance. Cela peut ressembler au bon côté des choses – être plus loin du trou noir signifiant que sa gravité est réduite – mais en réalité, c’est ce qui a provoqué la destruction de cette étoile, car cette chute de puissance peut être très brutale pour un trou noir. Alors que l’étoile approchait de ce puits sans fond, le côté de l’étoile faisant face au tour noir était tiré loin du trou noir. Ce changement d’attraction a étiré l’étoile -cet étirement est appelé “marée” et c’est globalement la même chose qui provoque les marées sur la Terre sous l’effet de la gravité lunaire [ENG]… et quand l’étoile s’est baladée trop près du trou noir, la force de cette attraction est devenu irrésistible, dépassant sa propre gravité interne.

En un flash, l’étoile a été déchirée, et des octillions de tonnes de gaz ionisés ont été éjectés vers l’extérieur ! Cette matière dispersée tout autour du trou noir formant un disque de plasma appelée disque d’accrétion. Des champs magnétiques, frictions et turbulences ont surchauffé le plasma, et ont aussi généré des faisceaux de matière et d’énergie qui ont explosé les pôles du disque, les envoyant loin du trou noir lui-même. L’énergie stockée dans ces faisceaux est incroyable, bien au-delà de notre imagination: pendant un temps, ils auront brillé avec la luminosité d’un milliard de milliards de Soleils !

Au moment où cela s’est produit, le disque formé autour du trou noir nous faisait face, donc l’un de ces faisceaux était plus ou moins directement tourné vers nous. Si nous avions alors été dans cette galaxie, et dans le chemin de ce faisceau, et bien, la Terre aurait filé un mauvais coton. Mais avec une distance de près de quatre milliards d’années-lumière, la flash de lumière était à peine assez brillant pour être vu au travers de gros télescopes.

Et cet événement n’est pas fini. Alors que la matière tournoie autour du trou noir, les turbulences et d’autres forces à l’intérieur du disque forcent la luminosité à changer. Il y a eu plusieurs lueurs, et alors qu’elle s’estompait depuis quelques jours, soudainement le 3 avril dernier la luminosité globale a été multipliée par cinq. Les astronomes continueront donc à observer cet événement spectaculaire pendant quelques temps, certainement jusqu’à ce qu’il s’estompe complètement, hors de la portée de télescopes aussi puissants qu’Hubble.

Au fil des années j’ai étudié certains des événements les plus puissants de l’Univers: des étoiles qui explosent, des déchaînements de rayons gamma, des éruptions de magnétar. Ces souffles cosmiques sont tellement énormes qu’il est impossible de les saisir pleinement avec nos esprits malingres – les comprendre, d’accord, mais réellement les concevoir, non – et il me semble toujours incroyable que certaines choses, là-haut, puissent émettre des quantités d’énergie aussi dévastatrices.

Et je suis très content que cela se passe si loin !


Article initialement publié sur le blog de Discovery Magazine Bad Astronomy, sous le titre “Followup on the star torn apart by a black hole: Hubble picture” traduit par Andréa Fradin

Illustration FlickR CC: AttributionShare Alike thebadastronomer

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La science montre que vous êtes stupide http://owni.fr/2011/03/31/la-science-montre-que-vous-etes-stupide/ http://owni.fr/2011/03/31/la-science-montre-que-vous-etes-stupide/#comments Thu, 31 Mar 2011 15:06:09 +0000 Joe Quirk http://owni.fr/?p=54266 Joe Quirk est l’auteur de Exult et de It’s Not You, It’s Biology: The Science of Love, Sex & Relationships, un livre scientifique humoristique traduit en 17 langues.

Article publié initialement sur H+ Magazine et sur OWNI.eu et traduit par Stan Jourdan et Martin Clavey.

Vos souvenirs sont de la fiction

Robert Burton décrit une expérience dans son livre On being certain: believing you are right even when you are not, que toute personne dotée d’un fort caractère devrait lire. Immédiatement après l’explosion de la navette Challenger en 1986, le psychologue Ulri Neisser a demandé à 106 étudiants de décrire par écrit où ils étaient, avec qui, comment ils se sont sentis et les premières pensées qui leur sont venues à l’esprit.

Deux ans et demi plus tard, on a rassemblé les mêmes étudiants pour leur demander de répondre à nouveau par écrit aux mêmes questions. Lorsque les nouvelles descriptions ont été comparées avec les originales, elles ne correspondaient pas. Lieux, personnes, sentiments, premières réflexions: les étudiants avaient modifié leur version des faits. De plus, lorsqu’ils ont été confrontés à leur première description, ils étaient tellement attachés à leur “nouveaux” souvenirs, qu’ils avaient du mal à croire leurs anciennes versions. En fait, la majorité des gens a refusé de faire correspondre leurs “nouveaux” souvenirs au souvenir initial qu’ils avaient pourtant décrit la première fois. Ce qui frappe particulièrement Burton est la réponse d’un des étudiants :

C’est mon écriture, mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Le cerveau peut parfois jouer des tours

J’ai vu le film Casablanca au collège. Une des scènes était tellement cucul qu’elle est restée gravée dans ma mémoire. Je me suis souvent récité cette scène à l’eau de rose en riant sous cape pendant les vingt ans qui ont suivi. Puis, trentenaire, j’ai vu le film une seconde fois en attendant avec impatience la fameuse scène. Quand elle est arrivée, j’ai cru voir une toute autre scène ! Les personnages disaient d’autres choses et se trouvaient dans des endroits différents de la pièce. J’ai en plus dû attraper un paquet de mouchoirs. Comment mes souvenirs ont-ils pu à ce point remplacer ce que j’avais vu? Et comment Rick pouvait-il laisser mourir leur amour comme ça?

Mais la chose la plus bizarre est qu’aujourd’hui encore, je ne me souviens pas de la scène qui m’a ému lors du second visionnage. Et je me souviens toujours de la scène qui m’a fait rire quand j’étais jeune.

Vous êtes vous mêmes paumés par rapport à vos propres expériences. Vous avez déjà ré-écrit le paragraphe que vous venez de lire. Fermez vos yeux et résumez ce que je viens de dire. C’est fait? Maintenant relisez-le, et vous vous rendrez compte que vous ne vous souveniez pas des mots, mais seulement de votre impression de ce que j’ai dit. Une fois dite, votre vague impression est remplacée par la manière dont vous la verbalisez. Le maître de conférence en psychologie cognitive Jonathan Schooler appelle cela “l’ombrage verbal” (ou “verbal overshadowing”).

Combien de temps passez-vous à verbaliser ?

A chaque fois que vous parlez, vous détruisez le souvenir de ce que vous êtes en train de dire.

Votre mémoire peut être sélectivement effacée

Les célèbres expériences du neuroscientifique Karim Nader ont démontré que chaque fois que vous vous remémorez quelque chose, vous effacez l’ancien souvenir et en recréez un nouveau.

Pour stocker un souvenir, une certaine structure de protéine doit se former dans le cerveau. Lorsqu’on injecte une substance médicamenteuse à des rats pour perturber la formation de cette structure de protéine pendant qu’ils essayent de se remémorer quelque chose, ils deviennent incapables d’apprendre.

C’est là que ça devient bizarre. Lorsqu’un rat devient expert dans un domaine de connaissance – tel que la reconnaissance d’un son qui précède un choc – et que les chercheurs lui injectent le médicament pendant qu’il tente de faire appel à sa mémoire, son souvenir est effacé de manière permanente. Le rat retourne au même état d’ignorance qu’avant son apprentissage. Mais seuls les souvenirs auxquels le rat essayait de faire appel sont affectés par le médicament, aucun autre souvenir n’est touché. Cela signifie que la protéine qui encode la mémoire est reconstruite à chaque fois que le rat essaie d’accéder à la mémoire.

L’anisomycine, la substance médicamenteuse en question, a été utilisée pour effacer de façon sélective la mémoire de personnes tourmentées par des syndromes de stress post-traumatique. Si le patient prend le médicament alors qu’il est invité à se rappeler ses traumatiques souvenirs, sa mémoire s’obscurcit. Certains souvenirs vont prendre des voies différentes via l’hippocampe pour parvenir à la conscience, mais l’intensité des émotions, au niveau de l’amygdale, est amoindrie, devenant vague et indolore.

Se souvenir est un acte de création. Yadin Dudai, professeur à l’Institut Weizmann et auteur de Memory from A to Z, en est parvenu à la conclusion paradoxale que la mémoire la plus parfaite « est celle des patients amnésiques ».

Vous souvenez-vous de la personne qui vous énervait au lycée ? Cela n’est jamais arrivé. Vous avez surévalué l’importance de cet événement. Ne vous tracassez pas à écrire vos mémoires, car elles n’existent pas. Contrairement à la fiction, que vous savez avoir inventée, la mémoire est cette chose dont vous n’avez pas conscience que vous l’avez inventée.

Hey, gros naze, tu ne peux même pas comprendre ce qui s’est passé dans ta propre vie. Comment vas-tu faire pour comprendre ce qui va se passer, pour tout le monde, dans le futur ?

Le sentiment de connaître est dissociable du fait de savoir

Le sentiment de connaître, c’est exactement cela, une sensation.

Le docteur Burton a démontré que l’expérience de connaître arrive indépendamment des “étapes logiques” que vous pensez devoir prendre pour arriver à une conclusion. En fait, elles proviennent de différentes régions du cerveau.

Burton fait l’hypothèse que les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) sont liés à une incapacité à faire l’expérience du sentiment de connaître quelque chose. Peu importe si le patient se prouve que ses mains sont propres ou que la portière de la voiture est bien fermée, il n’oubliera pas ses clefs, il ne peut juste pas le croire. Il peut savoir que quelque chose est vrai, il ne peut juste pas sentir que cela est vrai. D’autres patients ayant des lésions cérébrales connaissent des phénomènes similaires entre le fait de savoir et le fait d’avoir la sensation de savoir, si bien qu’ils sont convaincus que la table a été volée et remplacée par une réplique identique, ou bien que leur mère a été kidnappée et remplacée par un sosie imposteur. Ils voient des choses familières, mais n’ont pas le sentiment de les avoir déjà vues.

Exactement comme un savoir précis peut venir sans aucune sensation de le connaître, le sentiment de savoir peut venir sans aucune connaissance. Burton a analysé les retranscriptions de personnes qui font l’expérience de révélations mystiques : « C’est si limpide ! Tout s’explique ! » – alors qu’ils sont incapables de rentrer dans les détails. L’extase religieuse imprègne une personne avec le sentiment qu’elle sait tout, absolument tout, malgré l’absence totale de faits précis auxquels rattacher leur sentiment. Les révélations mystiques sont indescriptibles, précisément parce qu’il n’y a rien à exploiter mis à part “l’univers” ou “l’entièreté”. Certains épileptiques, au premier stade d’une attaque, décrivent la même extase transcendantale. Vous pouvez faire cette expérience, vous aussi. Si un scientifique vous administrait un stimulus électrique sur votre lobe temporal, vous utiliseriez vous aussi la langue des prophètes.

Notre sensibilité à la sensation enivrante  de savoir est la raison pour laquelle tous les humains sont atteints de ce que Burton appelle “une épidémie de certitudes”. Participez au prochain sommet sur le transhumanisme, observez si des symptômes apparaissent et attendez de choper le virus jubilatoire.

La raison n’est jamais la raison

Voulez-vous être une personne rationnelle ? Faites attention à ce que vous souhaitez.

Un homme à qui on avait retiré une petite tumeur cérébrale, près du lobe frontal de son cerveau, semblait être en bonne forme au départ. Il avait passé tout les tests d’intelligence et avait conservé toutes ses facultés. Mais une fois retourné à la vie de tous les jours, il a été paralysé dans la prise de décisions simples. Pour choisir entre un stylo bleu ou noir, il réfléchissait pendant 20 minutes, assis à son bureau, évaluant consciencieusement les conséquences de chaque option. Famille et amis rapportèrent que l’individu était devenu hyper-rationel, qu’il pouvait discuter éternellement des moindres détails d’un conflit d’horaire, lister les avantages et inconvénients de chaque possibilité tout en étant incapable de prendre une décision. Les personnes cognitivement normales qui l’écoutaient voyaient toujours son côté raisonnable. Rien de ce qu’il disait sur aucun sujet n’était irrationnel. Mais comme le dit Antonio Damasio, habitué au contact avec les personnes cognitivement déséquilibrées :

Tu as juste envie de taper du poing sur la table et de dire : prends une décision à la fin !

Il s’avère que la “preuve” du libre arbitre du théologue médiéval Jean Buridan est fausse. Il prétendait qu’un âne affamé à distance égale de deux bottes de foin serait bloqué sur place s’il n’avait pas de libre arbitre, puisque les deux choix étaient équivalents (L’âne de Buridan est comme la pomme de Newton : les fausses analogies populaires sont les véhicules dans lesquelles les mèmes voyagent).

Je n’ai jamais été un âne à équidistance de deux grosses bottes de foin, mais j’ai été un trou du cul à équidistance de deux gros bourriquets, et je peux vous promettre que je ne suis pas resté bloqué. Cela m’a pris peu de temps pour agir selon les circonstances. En fait, moins vous réfléchissez, plus l’action est facile.

C’est comme si le cerveau avait une minuterie automatique ou un ressort enroulé, qui déclenchait à un moment donné une pulsion émotionnelle qui nous poussait à faire des choix. Nous n’avons pas évolué pour connaître le monde, mais pour prendre les décisions les plus statistiquement efficientes étant donné les connaissances et le temps limité dont nous disposons. Sans impulsions pour clôturer le débat, aucune décision n’est possible par pure rationalité. Avec un peu de réflexion, les différentes possibilités offertes paraissent aussi valables les unes que les autres. La raison est un outil destiné à servir d’impulsion, pas ce qui provoque la décision. Vous pouvez raisonner pour vous amener à la conclusion que vous vouliez. La volonté est la clé.

Peut-être que la névrose est une impulsion peu développée pour l’emporter sur la rationalité démente. Vous pouvez remarquer que les gens stupides ne souffrent pas de névrose. Ce ne sont que les gens comme Woody Allen qui vous rendent fou à repenser chaque considération. Il faut que quelque chose prenne le dessus sur la paralysie de l’analyse, et cela ne peut pas être l’analyse…

Nous admirons la vertu de nos idoles, leur capacité à « agir à l’instinct », sans être perturbés par des considérations intellos. Bien sûr, la confiance d’un leader n’est pas fondée sur l’anticipation de l’effet domino de sa décision. Les leaders agissent avec fermeté et une moral claire dans un état d’ignorance. C’est pourquoi nous les suivons. Leur absence de doutes est contagieux.

Aviez-vous envie de croire aux argumentations scientifiques qui montrent la possibilité de ne pas vieillir avant que des leaders y croient ?

Pourquoi cette réponse vient-elle juste de vous venir à l’esprit ? Pourquoi les réponses devraient-elles faire ‘ding’ dans votre tête, après tout ?

Vous ne savez pas pourquoi vous venez de penser cela

Les neuroscientifiques Michael Gazzaniga et Roger Sperry ont constaté que les personnes qui ont un corps calleux (le pont entre le cerveau droit et gauche de l’épaisseur d’un pouce) rompu, agissent avec deux “volontés” différentes. Chacune ayant à peu près la moitié de nos capacités globales, elles opèrent indépendamment sous le même crâne, sans consulter l’autre avant de prendre une décision. Histoire vraie : la main gauche enlève un T-shirt, tandis que la main droite le reprend et le remet. La main gauche devient tellement frustrée qu’elle tente d’étrangler la personne comme Steve Martin dans The Man With Two Brains.

L’hémisphère gauche est en charge du langage. L’hémisphère droit est en charge de la vue. Si vous montrez furtivement l’image d’une cuillère à l’œil du cerveau droit d’un patient atteint d’une section du corps calleux, il vous dira qu’il ne voit rien. Si vous lui demandez de prendre un objet par la main qui correspond à l’hémisphère droit, le patient prendra la cuillère qu’il prétendait ne pas voir tout en étant incapable de savoir ce qu’il tient dans la main.

Lorsque Sperry a montré furtivement un écriteau “MARCHE” à l’hémisphère droit en charge de la représentation visuelle, le patient s’est levé et a traversé la pièce. Mais lorsqu’on lui a demandé pourquoi il venait de le faire, il (le cerveau gauche en charge du langage) a répondu : « Pour avoir un coca. »

Imaginez l’étonnement de Sperry à ce moment là, alors qu’il connaissait la véritable raison du déplacement du patient. L’hémisphère du langage parvient à émettre spontanément une réponse, mais le propriétaire du cerveau n’en avait aucune idée.

Un poulet a été montré à l’hémisphère gauche tandis que l’on a montré une chute de neige à l’autre. Puis, lorsque Sperry a demandé au patient de choisir l’image qui correspondait à ce qu’il avait vu, la main contrôlée par l’hémisphère gauche pris une griffe, et la main contrôlée par l’hémisphère droit saisit une pelle. Intéressant… les deux hémisphères peuvent indépendamment et simultanément choisir une image qui correspond indirectement à ce qu’ils ont vu.

Ensuite, Sperry a demandé pourquoi il avait choisi une griffe et une pelle. Ce à quoi le patient a répondu sans hésitation : « Oh, c’est simple : la griffe de poulet va de paire avec le poulet, et vous avez besoin d’une pelle pour nettoyer le poulailler ». Si chaque hémisphère peut spontanément créer du sens à chaque action, il faut se demander comment des parties plus subtiles de notre cerveau trouvent des raisons pour justifier les actions d’autres parties du cerveau. Si des petits mensonges passent d’une partie du cerveau à l’autre, pourquoi ne se passerait-il pas la même chose entre les plus petites parties du cerveau ?

Pourquoi avez-vous choisi ces ingrédients pour votre petit déjeuner ce matin ? Pourquoi sortez-vous toujours avec ce con ? Pourquoi ne respectez-vous pas votre régime alimentaire ? Pourquoi considérez-vous la source la plus fiable comme la raison pour laquelle vous agissez ? Rien ne vous a dit de prendre un Coca. Vous avez choisi un Coca, n’est-ce pas ?

Vous êtes le pire juge de vous-même

Hey, couillons, les sciences cognitives démontrent que vous n’êtes pas assez brillants pour réaliser à quel point votre vie est un bordel, parce que vous êtes configurés pour vous raconter à vous même une belle histoire après que les faits se sont produits. Microseconde après microseconde, votre neocortex invente une histoire qui dit : « Je voulais faire ça ». Votre conscience pense être Sherlock Holmes, mais en fait elle n’est que Maxwell Smart, qui se promène dans la vie en se tissant des excuses cohérentes pour maintenir une illusion de contrôle.

Par exemple, regardez votre propre vie, bande de lopettes. Combien de fois avez-vous fait tout foirer en blâmant les autres ? Et combien de fois êtes-vous tombé par hasard sur des trucs intéressants, et ensuite avez prétendu que vous aviez fait exprès ?

Plus de fois que vous ne le pensez. Des expériences astucieuses d’appels à la mémoire montrent comment nous inventons des discours pour justifier ce qui s’est passé. Nous pensons que nos vies ont un sens en regardant en arrière et en sélectionnant les éléments qui constituent une histoire cohérente, puis nous altérons inconsciemment tous ces événements pour confirmer ce que nous voulons croire à propos de nous mêmes.

Quand nous nous auto-évaluons, nous sommes tous sensibles au phénomène du lac Wobegon : quand on interroge les gens, la plupart des gens s’estiment plus intelligents, plus attirants, plus optimistes, plus charismatiques, et moins subjectifs que la moyenne. Même si vous êtes meilleurs que la moyenne dans un de ces domaines, les chances que vous battiez la moyenne dans ces cinq domaines sont faibles. Il y a des chances que vous soyez même en dessous de la moyenne dans plusieurs de ces domaines. Comment je le sais ? Je suis plus intelligent, plus charmant, plus charismatique et moins partial que la plupart des gens !

J’ai eu la chance de parler à la terreur de ma classe de lycée, qui évoqué la façon dont la vie lui avait été favorable. J’ai alors décidé de lui mentionner le fait que c’était la première rencontre non-violente que nous avions. Il a évoqué un handicapé mental qui avait été frappé plus fort que moi et s’est vanté que tout le monde évitait ce gamin quand lui-même était dans les parages. Je l’ai regardé poliment, intrigué par l’illusion qu’il avait de lui même. Je me rappelle de lui comme de quelqu’un d’irrémédiablement et continuellement méchant. Pendant un moment, j’ai remis en question ma propre maturité, l’innocente victime de sarcasme aurait dû applaudir au lieu de se battre, mais j’ai un peu plus réfléchi.

La raison a sa propre conscience. Mais ce n’est même pas elle qui est cause.

Votre bras vous laisse penser que vous le contrôlez

Avez-vous déjà abandonné cet article ? Pourquoi vous le lisez encore ? Parce que ça ne dépend pas de vous. Vous ne pouvez même pas choisir quand vous cliquez.

Dans une célèbre expérience, Benjamin Libert a placé des électrodes sur la tête et sur les bras des cobayes pour faire des électroencephalogrammes et des électromyogrammes, puis leur a demandé de bouger les doigts quand ils le voulaient. Libet a constaté que l’activité motrice du cerveau démarrait un quart de seconde avant que le sujet devienne conscient du choix de bouger son doigt. Voici la séquence :

1. activité motrice dans le cerveau

2. un quart de seconde plus tard, le patient choisi consciemment de bouger un doigt

3. un quart de seconde plus tard, le patient bouge.

L’activité motrice n’est pas la conséquence d’un choix délibéré. L’activité motrice entraine le choix.

Venez vous de dire… n’importe quoi ! D’où cela vient-il ? une réaction spontanée n’est pas raisonnée.

La raison est le fait de justifier une réaction spontanée. La raison se précipite dans les millisecondes après votre réaction instinctive. La prochaine fois que vous effectuez un jugement hâtif, demandez-vous combien de raisonnements peuvent avoir lieu le temps d’un clin d’œil.

Hey, crétin. Les pensées sont spontanées. La raison est tortueuse. La tendance à croire crée le bordel. Après, la raison trouve son chemin, convaincue de votre capacité à éliminer les mauvaises alternatives. Tout ce que vous pensez savoir est une escroquerie avec laquelle votre cerveau joue contre votre conscience. Y compris ce que vous pensez du mec qui écrit cet article.

Vous ne savez pas pourquoi vous aimez ou non les gens

Quelle confiance avez-vous en votre jugement de ma personnalité ? Ai-je l’air d’un enfoiré ou d’un embobineur avec lequel vous aimeriez diner ? Ça dépend moins de votre jugement objectif que du fait que vous avez une boisson chaude dans la main.

Des chercheurs ont demandé à des gens de participer à une étude dans laquelle ils notaient le portrait écrit d’une star. Juste avant que la moitié des cobayes s’assoit, le chercheur leur demandait : “Pouvez-vous tenir ça pendant une seconde?” cette moitié tenait la tasse chaude pendant une seconde avant de s’assoir. Et on ne le demandait pas à l’autre moitié. On demandait ensuite :

Comment appréciez vous cette personne ? Donnez une note entre 1 et 10.

Ceux qui avaient tenu la tasse de café pendant une seconde notaient la personne 20% plus haut en moyenne que ceux qui ne l’avaient pas fait.

Ceux d’entre vous qui sont en train de boire du café, ou ceux qui sont un peu plus compatissants m’aiment probablement plus que les autres. Les autres, allez vous faire foutre. (Je n’ai rien de chaud en main. Attendez, mon chien vient tout juste de s’allonger sur mes genoux. Je m’excuse de ce que je viens d’écrire. Peut-on être de nouveau en bon terme ?)

La prochaine fois que vous jugez quelqu’un, demandez vous si votre réaction se base sur un jugement ou sur votre digestion.

Le sac de nœuds dans lequel nos rêves piochent

Beaucoup de transhumanistes m’ont dit triomphalement que la nature humaine avait été laissée de côté. Alors pourquoi s’emmerdent-ils à m’en parler ? Tous les hommes accordent de l’importance à ce que les autres pensent, réagissent spontanément quand leur valeur est mise en cause, et discutent de ce qui est vrai avec les gens de leur tribu. Voyez-vous le bouton de commentaire en dessous ? Pourquoi votre chat ne le trouve pas irrésistible ? Pourquoi vous ne choisissez pas d’être un peu plus comme votre chat ? Éteignez votre cerveaux, allez au soleil, laissez tomber, et soyez satisfait.

Hey, vous lisez encore. Combien de temps avez-vous pris pour vous convaincre qu’il était temps d’arrêter de suivre les opinions des autres et de vous faire la votre ? Pourquoi alors que le cerveau de votre chat tourne naturellement autour de la maison de Bouddha, vous devez vous discipliner pour réussir ? C’est encore cette satanée nature humaine. Ça ne s’estompera pas, même la partie qui désire le transcender, une particularité unique de l’Homo Confabulus.

Si nous pouvons nier l’entêtement de la nature humaine, nous pouvons refouler les informations qui contredisent ce que l’auteur Tamim Ansary appelle “la convoitise stérile de la transcendance” qui amène à plus d’illusion.

Image de Une customisée Elsa Secco @Owni /-)
Source iStock
Illustrations CC FlickR: dierk schaefer, neil conway

Photos Flickr CC Troy Holden, TZA, TangYauHoong, Pierre-Brice.H, djwudi et brain_blogger

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Quand Google règnera sur la posthumanité… http://owni.fr/2011/03/19/quand-google-regnera-sur-la-posthumanite/ http://owni.fr/2011/03/19/quand-google-regnera-sur-la-posthumanite/#comments Sat, 19 Mar 2011 16:00:10 +0000 JCFeraud http://owni.fr/?p=50523

Palo Alto, Californie, 2018. Sergey « Brain » est l’empereur d’un monde connecté. Google est partout, anywhere, everywhere, anytime. Il a mis à genoux Microsoft, le géant déchu du logiciel qui a initié la grande révolution numérique. Et aussi Apple, dont feu le PDG Saint Jobs, a eu la naïveté de croire que son œuvre perdurerait par la seule magie du bel objet technologique et du buzz marketing. S’il avait su…Le business ultime n’était pas dans le design et l’ergonomie mais dans les contenus, la connaissance. L’avenir n’était pas dans la création d’un univers fermé, mais dans la numérisation de l’univers… Google a mis KO ses concurrents mais aussi toute l’économie traditionnelle. La Firme règne sur les médias, les télécommunications, les énergies nouvelles, les biotechs.

Des milliards investis dans la techno-médecine, la cybernétique et le génie génétique

Deux milliards d’individus se connectent chaque jour sur ses serveurs. Google est un Dieu de l’information. Il gère des pétabits de données personnelles venues des quatre coins du monde. Dispense l’information comme un fluide vital à une humanité en pleine transformation. Google évangélise. Sa nouvelle religion : la courbe exponentielle du progrès que rien ni personne n’arrêtera. Sa promesse aux fidèles : le salut sur Terre, l’immortalité enfin, ce vieux rêve du pauvre homo sapiens terrorisé par sa fin biologique inéluctable. À coups de milliards de dollars, investis dans la techno-médecine, la cybernétique et le génie génétique, Google est en train de donner naissance à l’homme 2.0, un humain augmenté, sauvé par le mariage avec la machine. Les cures de cellules souches et les nano-robots commencent à réparer en profondeur ce que les liftings et le botox ne faisaient que camoufler grossièrement en surface et de manière trop éphémère. Bientôt le cancer ne sera qu’un mauvais souvenir. Les femmes programment l’ADN de leurs futurs bébés, écartant laideur, tares, maladies, privilégiant la beauté lisse et photoshopée des magazines. La grande sélection a commencé. Google a pris la tête du Projet Transhumaniste.

Google a aussi un projet caché : la Singularité. Une intelligence artificielle « sensible », qui boit comme un vampire tout le savoir de l’humanité pour mieux veiller à sa destinée, prendre en charge son bonheur. Ce projet est soutenu sans réserve par le gouvernement des États-Unis d’Amérique qui domine le monde avec son ennemi économique et géostratégique numéro un, l’empire turbo-capitaliste chinois. La vieille Europe est laminée, appauvrie, exsangue faute d’avoir investi dans la révolution numérique. Le chômage explose, la révolte gronde. La crise grecque du tournant des années 2010 annonçait le début de la fin. Aujourd’hui ses habitants affolés émigrent ou appellent à la révolution bioéthique et technologique contre leurs gouvernements décadents accrochés aux vieilles lunes de la bioéthique, dans l’espoir de rejoindre le camp des vainqueurs. Celui de la prospérité, celui du bonheur éternel, celui de Google.

Serguey a peur, moi aussi

Mais Sergey est inquiet. D’abord son ami Larry, avec qui il a créé Google à la fin du XXe siècle n’est plus là pour voir leur cyber-rêve global se concrétiser. Il a été assassiné par un terroriste bioludite en sortant de sa Tesla Car pour acheter des donuts. Ce taré a expliqué : « Je suis en mission pour tuer l’Antéchrist et sauver l’humanité. » Il y a aussi ces illuminés chrétiens qui s’immolent par le feu. Et leur alliés basanés d’Al-Qaeda, toujours là, qui tentent de faire exploser les fermes de serveurs ultra-sécurisées avec leurs bombes suppositoires quasi-indétectables. Et ce vieux fou pathétique et mourant de Murdoch qui les excite depuis son lit d’hôpital sur Fox News – tout ce qui reste de son empire de médias… Sans parler de Bill Gates, qui est devenu la mère Teresa des pauvres en Afrique , parle de bonté, nique des filles en boubou dans des cases, et consacre le maigre temps qui lui reste à claquer tout son pognon pour sauver la vieille humanité inutile et obsolète qui n’aura pas accès au grand Projet.
Maintenant le moindre expert en IA de seconde zone porte un gilet pare-balles et bénéficie d’une protection rapprochée. C’est la guerre entre l’obscurantisme pré-numérique et et le progrès transhumain… Et Sergey a peur, il est terrorisé à l’idée de mourir avant d’avoir éradiqué en lui le programme de la maladie de Parkinson annoncée par son patrimoine génétique :

Sergey Brain ne voulait pas finir comme Howard Hugues, malade et dément, richissime et parano. Il voulait continuer à vivre. Faire des choses complexes, comme poursuivre le remodelage du monde. Il voulait continuer à façonner l’humanité et vivre comme un chef d’État. Il voulait aussi faire des choses simples comme du trapèze ou baiser sa femme. L’idée de tout perdre le rongeait littéralement (…) Sergei pensait en priorité à sauver sa peau. En bon transhumaniste, il bandait en considérant la courbe exponentielle de la science. Le progrès serait un jour synonyme d’immortalité pour l’espèce humaine…

Coucou, tu veux voir mes circuits intégrés ?

Un techno-thriller qui pose les bonnes questions

Voilà, c’était en résumé le meilleur des Googlemonde, un futur possible très proche, tel qu’il est raconté dans Google Démocratie. Ce formidable roman d’anticipation, qui résonne des dernières avancées technologiques et des grandes inquiétudes éthiques qui leur sont associées, sort cette semaine chez l’éditeur Naïve. Ses auteurs sont David Angevin (qui a notamment signé Dans la peau de Nicolas, la fausse autobiographie de Sarkozy) et Laurent Alexandre, chirurgien urologue et fondateur du site Doctissimo. J’ai pris un vrai pied en le lisant avec un peu d’avance sur vous (le privilège du blogueur). Mais ceci n’est pas un billet sponsorisé ;) Juste une critique coup de cœur. J’ai d’autant plus halluciné en lisant ces quelque 400 pages que j’y ai retrouvé beaucoup de mes propres interrogations sur le pouvoir qui est désormais entre les mains de Google. J’ai suivi l’irrésistible ascension de la Firme en tant que journaliste depuis ses débuts en 1998. En observateur conquis et naïf.
Mais ces dernières années, ces derniers mois j’ai un peu pris peur en prenant conscience que Google était en train non seulement de numériser notre monde, mais aussi notre vivant. J’ai été très inquiet en entendant son (ex) PDG, Eric Schmidt déclarer : “Ce que nous essayons de faire c’est de construire une humanité augmentée, nous construisons des machines pour aider les gens à faire mieux les choses qu’ils n’arrivent pas à faire bien.” J’en ai fait ce billet : “L’homme augmenté selon Google, vers une transhumanité diminuée”. Voilà ce que j’écrivais le 4 octobre dernier :

Google est DÉJÀ un véritable prolongement de nous-mêmes, une extension, un pseudopode numérique de notre cortex. Google est dans votre tête, vous connaît mieux que quiconque à force d’enregistrer vos moindres faits et gestes sur le web. Avez-vous déjà essayé de vivre sans Google ? (…)Vous ne pourrez plus vous passer de Google, sauf à être un homme “diminué”. C’est en tout cas le projet assumé des dirigeants de “La” Firme. Sergey Brin, le fondateur de Google, a récemment dit qu’il voulait faire de sa création “le troisième hémisphère de notre cerveau”

À croire que les auteurs de Google Démocratie ont aussi lu mon blog en se documentant ;) Mais comme Sergey Brain, je dois être salement mégalo haw haw :D

Je suis un être humain, pas un transhumain

On peut aussi lire Google Démocratie comme une nouvelle resucée du “Big Brother” d’Orwell ou du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Mes saines lectures de jeunesse. Mais c’est assumé par les auteurs. Et leur livre vaut bien mieux que cela. Ce techno-thriller cyberpunk est non seulement plaisant à lire, mais il pose vraiment les bonnes questions. Perso, les transhumanistes et leur trip de sélection aryenne à la Mengele me font sacrément flipper. Surtout quand leur message raisonne de manière irraisonnée dans le projet de s dirigeants de la Firme la plus puissante du monde. Je dois être vieux, old school, mais je n’ai pas peur de mourir : « Je suis un humain, pas un post-humain, ni un transhumain. Je fume (un peu), je bois (un peu), je vis, j’aime, trop vite, trop fort comme beaucoup d’entre nous. Life is good. Mais comme vous, je vais mourir un jour et Google n’y pourra rien… » (je m’autocite encore ;) Et quand je lis en préface de Google Démocratie ces mots attribués à un employé de Google…

Nous ne scannons pas tous les livres de la planète pour qu’ils soient lus par des hommes. Nous scannons ces livres pour qu’ils soient lus par une intelligence artificielle.

… j’y crois, je suis fasciné et quelque part techno-enthousiaste je vous le confesse…mais je suis aussi pris de vertige. Forcément. Et je pense à Michel Serres pour qui « un nouvel humain est né » : le philosophe « voudrait avoir dix-huit ans puisque tout est à refaire, tout reste à inventer. » Il vient de signer un texte magnifique d’optimisme dans Le Monde pour nous dire d’avoir confiance en l’homme, avec le progrès. Mais je pense aussi à Michel Houellebecq qui annonce l’obsolescence de l’humanité dans tous les sens du terme. Et aussi à une autre voix, celle du philosophe slovène Slavoj Zizeck qui annonce « la fin des temps » dans son dernier essai. Ecoutez-le ici sur France Culture : il pense que le capitalisme a atteint son stade ultime et pousse désormais l’humanité à sa perte. À moins que l’on ne soit déjà entré avec Google et quelques autres dans la post-humanité, dans la singularité, un nouvel empire machine construit pour bien plus de mille ans…

Google Démocratie, par Laurent Alexandre et David Angevin (399 pages, 21 euros, parution le 9 mars chez Naïve)

P.S : vous n’y croyez pas ? Les propagandistes du culte transhumaniste, dont on retrouve l’origine-source ici sur le site de la Singularity University [en] ou là avec le Manifeste des Extropiens de Max Moore, sont déjà à l’œuvre. Par exemple dans le dernier clip de Lady Gaga comme nous l’expliquent nos amis blogueurs et complotistes ;) des Agents Sans Secret. Jugez-en plutôt par vous même en vous concentrant sur l’intro :

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Billet initialement publié sur Mon écran radar

Images CC Flickr Sasha Nilov et FORSAKENG

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T’oublies or not to be http://owni.fr/2011/02/16/toublies-or-not-to-be/ http://owni.fr/2011/02/16/toublies-or-not-to-be/#comments Wed, 16 Feb 2011 08:24:22 +0000 xochipilli http://owni.fr/?p=34084 L’oubli nous évoque un phénomène inévitable, une sorte de dégradation naturelle de la mémoire comme l’érosion qui effacerait des traces sur le sable. Alors que la mémoire semble être le propre du vivant, un courageux effort contre-nature, on associe plutôt l’oubli au monde de l’inerte, à la nature qui reprend ses droits après la mort. L’analogie est tentante mais trompeuse. Je vous avais déjà raconté dans ce précédent billet sur les trous de mémoire combien l’oubli est un processus plus subtil que ça. Non seulement on peut oublier sur commande mais surtout l’oubli nous est bien utile pour s’adapter au changement, nous évitant le blanc devant le distributeur de billets lorsque notre code confidentiel a changé. Au hasard de mes lectures j’ai découvert bien d’autres cas où l’oubli s’avère être un auxiliaire à la fois discret et précieux de notre mémoire…

Le Babel des babils

Avant les années 1970, on pensait qu’un bébé apprenait sa langue maternelle à partir d’une page blanche, et que ce n’était qu’à force d’entraînement que son oreille parvenait à reconnaître tel ou tel son. Or on s’est rendu compte que dès l’âge de un mois un bébé sait distinguer des sons très proches comme “ba” ou “pa”. Et puis, en 1985: on a découvert qu’à six mois des bébés anglais pouvaient faire la différence entre des phonèmes étrangers (le Ta ‘rétroflexe’ et le ta ‘non rétroflexe’ en Hindi, ou deux phonèmes ki/qi tout aussi exotiques en langue Salish) qu’un adulte ne sait même pas distinguer! Cette capacité diminue avec l’âge et disparaît vers 12 mois: l’inverse exact de ce à quoi on s’attendait:

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, un bébé naîtrait donc avec une capacité innée à distinguer une très large gamme de phonèmes, une espèce de grammaire universelle, commune à toutes les langues. L’apprentissage d’une langue maternelle le contraint paradoxalement à “oublier” tous les sons non-significatifs afin de mieux se focaliser sur ceux qui sont pertinents. A six mois les voyelles non usuelles passent à la trappe et à un an c’est le tour des consonnes. Peu à peu les subtilités des autres langues disparaissent de son oreille et sa petite tour de Babel intérieure se volatilise progressivement. Une fois adultes les espagnols ne distinguent pas un v d’un b ou un u d’un ou, que les français n’entendent rien aux différents r hollandais, que les japonais confondent l et r, que les allemands ne font pas la différence entre b et p, s et z etc. Le mot “barbare”ne désignait-il pas pour les Grecs tous ceux qui s’exprimaient par onomatopées “bar-bar-bar”?

Ils se ressemblent tous!

Le même phénomène de désapprentissage est à l’œuvre pour ce qui concerne la reconnaissance des visages.

Les visages utilisés dans le test

Pourquoi confondons-nous les visages des Asiatiques ou des Africains? Cette difficulté à reconnaître les faciès des autres ethnies n’est pas liée à nos préjugés ou à notre mauvaise volonté car on la retrouve chez tous les peuples: pour un chinois, tous les visages européens sont identiques. Or cette indiscrimination n’est pas innée: les nourrissons de trois mois sont tout à fait doués pour distinguer les traits d’une grande variété de visages africains, chinois, européens ou du Proche-Orient. A mesure qu’ils grandissent, les bébés se focalisent sur les types de visages auxquels ils sont fréquemment exposés et ils perdent leur capacité à différencier les autres ethnies. A neuf mois les enfants sont devenus incapables de distinguer des visages qui ne sont pas européens. Cet étrange désapprentissage serait le prix à payer pour reconnaître très rapidement les membres de sa propre ethnie et y focaliser ses capacités d’identification. Comme pour les langues étrangères dont on n’arrive plus à percevoir les subtilités, on range mentalement les visages des autres ethnies dans la catégorie “pas de chez moi”, sans pouvoir les distinguer les uns des autres.

Oublier la symétrie gauche-droite pour pouvoir lire

Nous sommes câblés pour assimiler un objet à son image dans un miroir car à part le croissant de lune dont l’orientation indique si elle est croissante ou décroissante, la plupart des objets naturels se présentent indifféremment sous leur profil droit ou gauche. C’est la raison qu’avance Stanislas Dehaene pour expliquer pourquoi les enfants qui apprennent à écrire ont souvent tendance à tracer leurs lettres à l’envers, comme dans un miroir, et confondant les b et les d, les p et les q. Pour apprendre à lire et à écrire il faut donc là aussi désapprendre à considérer comme équivalents la gauche et la droite…

Oublier, ça s’apprend!

Apprendre à vivre c’est aussi pouvoir surmonter ses peurs et ses angoisses, savoir oublier un aboiement effrayant, un chagrin d’amour ou une grosse frayeur à vélo. La manière dont un souvenir s’atténue dans notre mémoire est là encore assez différent de ce qu’on pourrait imaginer intuitivement.

Si vous entraînez un rat à avoir peur d’un son particulier en lui administrant un petit choc électrique chaque fois qu’il l’entend, vous pouvez assez facilement le “déconditionner” en l’exposant au son sans le choc, ou mieux en y associant de la nourriture. Au bout d’un moment, le son n’effraie plus notre ami le rat. Le conditionnement initial a-t-il été oublié? Pas du tout bien sûr: il revient au galop si longtemps après vous associez à nouveau un choc électric au son. Le conditionnement était simplement masqué, prêt à reprendre du service à la moindre alerte. L’observation de son petit cerveau confirme qu’après déconditionnement la peur originale est toujours bien présente (dans l’amygdale cérébrale, vous vous souvenez? On en avait parlé dans ce billet), mais qu’elle est inhibée par une autre zone du cerveau (le cortex préfontal). Ce qu’on prend pour de l’oubli est en réalité un nouvel apprentissage qui réfrène le premier comportement réflexe. D’ailleurs, en cas de lésion dans cette aire préfrontale, l’animal reste tout à fait capable d’apprendre une  nouvelle peur conditionnée, mais il est beaucoup plus difficile à déconditionner.

Pareil chez nous, les humains: on n’oublie pas une expérience traumatisante en effaçant ses traces de notre tête comme si c’était une ardoise. Un tel souvenir ne s’oublie pas, il s’apprivoise tout au plus. Pour qu’il perde un peu de sa charge émotionnelle et cesse de nous griffer, il faut apprendre à lui associer d’autres expériences positives ou neutres: remonter en selle tout de suite après sa chute, revenir sur les lieux d’un drame personnel, parler de ce qui nous a blessé etc. Bon, je ne me moquerai plus de ces fameuses “cellules d’aide psychologique” qu’on déploie de toute urgence dès qu’il y a une catastrophe quelque part…

Pas évident d’oublier dans le fond de son cerveau…

Credit: Deborah Hannula

Vous avez sans doute déjà joué à essayer de deviner l’objet qu’on a retiré d’une pièce ou d’une table que vous aviez bien observée au préalable? Et bien même si vous ne connaissez pas la réponse, vos yeux se poseront inconsciemment plus longtemps à l’endroit de l’objet manquant. On a fait l’expérience avec des volontaires à qui l’on a présenté 216 photos montrant des visages devant un paysage. Ensuite on demandait aux participants de choisir parmi trois visages, lequel ils avaient vu face à ce paysage. Pendant qu’ils réfléchissaient, les chercheurs ont analysé la direction de leur regard et ont découvert que lorsqu’ils regardaient au bon endroit, leur hippocampe (la petite zone du cerveau en charge de la mémoire) s’activait pile à ce moment précis, même s’ils optaient finalement pour un mauvais choix par la suite. Ils en ont conclu que le souvenir était bien présent physiologiquement, mais insuffisamment fort pour réveiller la conscience et faire le bon choix.

Oublier signifierait donc tantôt masquer, inhiber un souvenir, tantôt en perdre l’accès à la conscience. De la même façon “qu’effacer” un fichier informatique ne signifie pas gommer chacun des bits qui le compose mais supprimer l’index qui permet de les retrouver et de les mettre dans le bon ordre. Tout comme les experts arrivent à récupérer certains fichiers effacés par erreur ou malveillance, il arrive qu’une stimulation profonde de certaines zones du cerveau fasse ressurgir puissamment un souvenir qu’on avait complètement oublié. Drôle de bestiole décidément que l’oubli: il se niche là chez les nourrissons, lorsqu’on penserait qu’il n’y a rien à oublier et il se dérobe là où la mémoire semble justement faire défaut. Homer Simpson, grand connaisseur de l’âme humaine, avait raison: l’oubli est indispensable pour apprendre:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

>> Article initialement publié sur Le Webinet des curiosités

>> Photo FlickR CC : ganesha.isis

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